Les musées aquitains en petite forme
01.07.2010

Le nouveau classement des musées de France dressé par le magazine Le Journal des Arts rappelle la situation préoccupante des établissements régionaux. Seul le Musée d'Aquitaine, dopé par l'inauguration des nouvelles salles consacrées au commerce atlantique et à l'esclavage au 18e siècle, tire son épingle du jeu.

 

C’est peu de dire que les musées aquitains font pâle figure dans le nouveau « Palmarès 2010 des musées » que dresse annuellement le Journal des Arts (n°328, 25 juin). Si le principe du classement est contestable (et contesté, puisque un peu de moins de la moitié des établissements contactés n’a pas souhaité répondre), il livre une photographie du rapport qu’entretiennent les Français avec leurs musées.
Une fois encore, la suprématie parisienne est indiscutée, puisque la capitale occupe six des dix premières places, même si elle en perd une, le Musée de l’Armée opérant une léger repli. Au sommet, le musée du Quai Branly, quatre ans après son ouverture, confirme son immense succès, ainsi que l’engouement pour les « arts premiers », à la fois grâce à la qualité unanimement reconnue de l’accueil au public et pour les efforts en matière de conservation, l’alpha et l’oméga de toute politique muséographique ambitieuse.

Mais ce sont les musées provinciaux qui créent la surprise, celui des beaux-arts de Lyon en tête, qui voit sa fréquentation augmenter de 15 % en un an. Il pointe en 4e position. Rouen (7e), déjà dans le peloton de tête l’an passé, est désormais rejoint par le musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (9e) et les Beaux-Arts d’Angers (10e). En embuscade, la remarquable « Piscine » de Roubaix (11e), institution consacrée aux années vingt et trente, est saluée pour son dynamisme.
Alors que Montpellier, Nantes, Nancy ou Lille continuent d’être très bien notés, l’état des établissements de la région apparaît d’autant plus décevant. Le premier à pointer son nez, le Musée d’Aquitaine figure à la 28e place, vanté à juste titre pour son dynamisme : de fait, sa fréquentation fait un bond de 14 %, l’ouverture des salles consacrées au commerce atlantique y étant certainement pour quelque chose. Son challenger de l’an dernier, le musée des beaux-arts de Bordeaux, en revanche, dévisse de la 32e à la 62e place, mais il est vrai que l’année aura été marquée par le départ de son conservateur en chef, Olivier Le Bihan, et une période de transition toujours difficile à gérer.

C’est en fait l’ensemble du tableau aquitain qui ne laisse de préoccuper. Vésonna, à Périgueux, perd dix rangs à la 90e place, et le Capc-Musée d’art contemporain de Bordeaux de six à la 110e, malgré l’effet Evento (5000 visiteurs en plus). Puis viennent : Bonnat à Bayonne (170e), ex-æquo le musée national des Douanes et le musée des beaux-arts de Libourne (203e, année de transition également avec le départ de Marguerite Stahl), le musée de Borda à Dax (209e), Saraleguinea à Guéthary (212e), le musée de la Chalosse à Montfort (230e), le musée du château Henri IV à Nérac (262e), Albert-Marzelles à Marmande (282e), Desmoulin à Brantôme (312e) et le musée du tabac de Bergerac (327e).
On le voit, il manque des établissements de poids : le musée des beaux-arts de Pau, le musée Basque et de l’histoire de Bayonne, le musée des beaux-arts d’Agen, Despiau-Wlérick à Mont-de-Marsan (96e l’an dernier) ou encore le musée des arts décoratifs et le muséum de Bordeaux, relativisant quelque peu la hiérarchie qui résulte de ce classement.
Pour autant, on le voit, aucune figure de proue ne vient tirer vers le haut l’attelage, alors que le potentiel régional est immense. Il reste à avoir foi en l’avenir, incarné par de nouvelles têtes, puisque plusieurs établissements ont récemment changé de direction. L’espoir est donc notamment entre les mains de Guillaume Ambroise (musée des beaux-arts de Bordeaux), Thierry Saumier (Libourne), Jean-Pierre Mélot (musées des beaux-arts de Pau et Bernadotte), Béatrice Labat (Arnaga), tandis qu’un nouveau conservateur est attendu à Dax.