
Vincent Poussard
Cuisinier de la République
De l'Élysée aux fourneaux du Sud-Ouest
Joël Raffier - 304 pages - 22 €

par Véronique Tinel | Article publié en septembre 2003, dans Le Festin n°47.
Si "tous les chemins mènent à Compostelle", cerner les contours des voies jacquaires semble à l'heure actuelle une véritable gageure. Qu'il soit itinéraire historique ou voie spirituelle, le Chemin de Saint-Jacques, héritier d'une tradition de pèlerinage avérée dès 951, croise les stratégies du tourisme contemporain dont le fil conducteur, et parfois l'alibi, est donné par le patrimoine.
Déclarés premier itinéraire culturel européen en 1987, les chemins sont inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco, depuis 1993 pour l'Espagne, depuis 1998 pour la France. Le territoire aquitain, traversé par les quatre voies officielles, est jalonné de nombreux témoignages artistiques désormais rassemblés dans les nouveaux guides du pèlerin.
L'actualité jacquaire se double d'une réalité complexe, partagée entre les initiatives institutionnelles et relayées sur le terrain par la ferveur associative et individuelle.
L'historienne Véronique Tinel s'est chargée d'en recenser les principaux acteurs. Les artistes Arnaud Maufaugerat et Benjamin Viort ont, de leur côté, arpenté quelques tronçons de la voie landaise, entre âpreté de la marche et exaltation de la contemplation.
Multiples et variées sont les actions menées sur le Chemin de Saint Jacques dont la popularité actuelle dissimule parfois la grande divergence des points de vue sur un thème en réalité moins fédérateur qu'il n'y paraît. En privilégiant le regard des différents acteurs qui interviennent sur les tracés et l'organisation des voies en Aquitaine, c'est la richesse des êtres humains qui s'exprime à travers des sensibilités très différentes. Pour résumer, on pourrait dire que les institutionnels abordent le sujet sous l'angle du tourisme, les associations spécialisées Saint-Jacques sous celui de la marche et de la recherche historique, les individus sous celui de l'art. Mais ce raccourci, aussi pratique soit-il, ne peut donner qu'une image synthétique de la réalité1.
La quête, entre tourisme et culture
Nos voisins de Poitou-Charentes et du Limousin ont privilégié l'orientation culturelle sur le thème du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, tandis que les régions du nord de l'Espagne sont un modèle en matière de tourisme pour les acteurs touristiques, et un modèle en matière de recherche historique pour d'autres. De son côté, la Région Aquitaine qui voit passer sur son territoire les quatre voies mythiques, tels les quatre fleuves du Paradis, a actuellement opté pour une déclinaison touristique, affirmée au tournant de 1998. Choix politique, bien sûr, mais aussi orientation vers un certain "renouveau de l'itinérance" dont le besoin s'était exprimé dans une tentative de mise en place d'un comité d'experts, composé d'universitaires et d'associations jacquaires. Mais l'institution régionale avait préféré sortir de la seule dimension médiévale pour s'intéresser également aux chemins d'aujourd'hui, aux pratiques actuelles, avec leurs dimensions de développement économique, touristique ou d'aménagement du territoire quitte à supporter quelques critiques contre le penchant commercial. Choix budgétaire également, l'institution ne pouvant supporter à la fois la mise en place d'un équipement logistique sur les chemins et des animations culturelles. Aussi, c'est le Tourisme qui assure le financement de la restauration d'édifices2.
Les Régions Aquitaine, Midi-Pyrénées, Limousin, Rioja, Navarre et Aragon ont aussi pu se réunir autour du projet Via Lactea (projet interrégional, dit Interreg 3B), malgré des philosophies ou des objectifs parfois différents. L'un des quatre volets de ce projet prévoit la réalisation d'un site Internet consacré aux chemins, avec cartographie interactive, dont le but est de recenser tous les renseignements dont (on suppose que) les pèlerins auront besoin (ce genre de site, qui n'existe qu'à l'échelle locale, voire départementale, est destiné à aider le pèlerin belge ou allemand qui se prépare à traverser la France).
Le Conseil régional d'Aquitaine fait aussi plancher les universitaires du Centre de recherche Léo Drouyn (université de Bordeaux 3) sur l'étude d'une sélection d'églises situées sur la voie de Tours avec, à la clé, l'édition de quatre cédéroms en quatre ans (nord et sud Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques).
"Quand on parle des chemins, il faut savoir de quoi l'on parle, le point de vue du médiéviste ne peut pas être celui de l'aménageur. Ce qui m'intéresse à travers ce travail, c'est l'environnement du pèlerin au Moyen Âge."
Michèle Gaborit, Centre de recherche Léo Drouyn
L'instance régionale intervient également sur la mise en place de sentiers de randonnées ou la création d'hébergements, dans la mesure où les projets suivent au minimum les recommandations exprimées par les associations ou spécialistes locaux sollicités. Mais, de leur côté, les Départements préfèrent généralement conserver leurs prérogatives sur leur propre territoire : seul, à ce jour, le conseil général des Pyrénées-Atlantiques a établi un cahier des charges en liaison avec la Région pour le financement de projets d'hébergement proposés par les communes.
Enfin, pour le Comité régional du Tourisme (CRT), promoteur des chemins de Saint-Jacques en France et à l'étranger, d'un point de vue clairement, obstinément et logiquement touristique, le thème a surtout l'avantage de concerner les cinq départements aquitains. Une opération de promotion en Allemagne, démarrée il y a trois ans, en partenariat informel avec la Région Midi-Pyrénées, a ainsi conduit des journalistes allemands à la découverte des chemins aquitains. Le CRT vient également de lancer une étude, à laquelle ont été associés les comités départementaux du tourisme (CDT), portant sur la clientèle des chemins (âges, modes de déplacement et motivations des pèlerins, types d'hébergement, de publics et de fréquentation), afin d'évaluer les retombées économiques. Les pèlerins d'aujourd'hui sont sûrement des touristes en puissance, sinon ceux de demain.
La conquête du territoire : matérialiser les chemins
Une fois matérialisés, les chemins de Saint-Jacques forment quatre voies (Le Puy-en-Velay, Aries, Vézelay, Tours) dont la plus connue du public, parce que la plus anciennement balisée par la Fédération française de la Randonnée pédestre (FFRP), est celle du Puy (c'est le GR 65, qui existe depuis plus de vingt ans). En 1995, à l'initiative de la l'Association de coopération interrégionale (ACIR) et avec la Société nationale des Amis de Saint-Jacques, la FFRP a signé un protocole d'accord permettant d'ouvrir d'autres sentiers de GR sur la thématique : sont concernées les trois autres voies principales et, Europe oblige, le tracé des voies de raccordement avec le reste du continent (celle du Puy est déjà «raccordée» à la Suisse par le tracé Le Puy Genève4). La Société nationale a incité ses adhérentes départementales à aider les comités départementaux de randonnée pédestre (CDRP) dans le choix des tracés, à les orienter vers des sites et à alimenter la zone historique de topo guides5. La «voie d'Arles» (GR 653) est terminée, la "voie de Tours", raccordée à la Belgique est en cours d'aménagement, et "l'itinéraire de Saint-Jacques de Compostelle via Vézelay" (GR 654) a été inauguré en 20026.
De leur côté, les conseils généraux gèrent les Plans départementaux de Randonnée dont ils ont transmis la compétence aux comités départementaux du tourisme (CDT). Entre CG, CDRP, CDT et associations départementales, la répartition des tâches est donc très variable et complexe d'un département à l'autre, surtout quand les points de vue diffèrent.
Ainsi en Dordogne, le CDRP a la charge du balisage du GR, tandis que le service Tourisme du Département traite la partie administrative des dossiers. Mais ici, Saint-Jacques n'apparaît pas comme une priorité, le pèlerinage semble y être considéré comme une aventure humaine qui ne s'appréhende pas en terme touristique et le pèlerin pourrait s'y révéler (à travers l'étude de clientèle lancée par la Région) ne pas être un consommateur comme les autres. Par ailleurs, l'association départementale, qui dispose de fonds propres, a dessiné son chemin sans faire appel à une aide extérieure et marche sur les pas de la voie historique de Vézelay, dont le but est moins de faire du tourisme que d'arriver à Compostelle.
En Lot-et-Garonne, l'aménagement des sentiers est réalisé par le CDT et le DRP, en étroite collaboration avec l'association locale des Amis de Saint-Jacques (apport historique et patrimonial, choix de l'itinéraire). Le balisage est celui des sentiers de GR, ponctués de panneaux "Halte jacquaire", tels qu'ils avaient été préconisés par l'ACIR.
"Mais si vous avez le cour plein d'aigre jalousie et d'esprit de rivalité, ne faîtes pas les avantageux…"
Épître de Jacques, 3, 14.
Dans les Landes, la Voie de Vézelay7 est balisée et celle de Tours à été inaugurée l'an passé, tandis que la voie du littoral reste à faire. La forêt landaise et le réseau routier ont profondément modifié le paysage et les chemins séculaires, si bien qu'on a conscience, ici plus qu'ailleurs, que les itinéraires jacquaires relient entre eux des témoignages de différentes époques. Le CDRP apporte son aide logistique sur le terrain, tandis que le Département se contente de tenir un rôle administratif, tout en imprimant un fascicule que l'Association met à la disposition des pèlerins dans les refuges (ils sont disponibles à l'entrée du département et les pèlerins sont invités à les déposer à la sortie). Toutefois, le conseil général envisage l'édition d'un guide à plus large diffusion. Le CDT a aussi en projet la mise en ligne sur son site Internet de pages consacrées aux chemins et alimentées de documents mis à disposition par le Centre de documentation jacquaire des Landes : le CDJL a été créé en 2000 par Jean-Pierre Rousset, photographe professionnel et ancien président de la société landaise des Amis de Saint-Jacques, après cinq années d'inventaire photographique des témoignages du pèlerinage dans le département8 (monuments, objets ou pèlerins).
En Gironde, la voie littorale a été inaugurée en 2001, celle de Vézelay le sera en 2004 et l'étude sur la voie de Tours débutera en suivant (illustration, peut-être, d'une difficile concordance de temps et d'action entre les deux collectivités, les pèlerins devront changer d'itinéraire ou emprunter le goudron en passant dans le département des Landes). Le parcours girondin de Vézelay, dont le balisage commencera dès que l'étude remise par l'association sera acceptée, ne suivra pas tout à fait le tracé de l'association des Amis de la Voie de Vézelay. Le Département a par ailleurs allié l'utile à l'agréable en privilégiant la voie littorale, qui prend sa source sur son sol (Soulac) et touche une large population estivale. Enfin, le cas du CDT est un peu particulier, puisqu'il compte en son sein un service Patrimoine, issu de l'ancienne A3PA, qui fait espérer que temps et recherche seront ici mis à la disposition d'une vulgarisation de qualité, d'autant que l'institution a l'intention de s'impliquer davantage sur la thématique.
Au conseil général des Pyrénées-Atlantiques, le Tourisme instruit les dossiers de demande de subventions pour les hébergements et les équipements, tandis que le CDT émet des avis techniques. L'un des projets du CDT consiste à confier la gérance des gîtes communaux à des privés. L'association départementale, quant à elle, souhaite que le conseil général prenne en charge le balisage des voies de Vézelay et de Tours et entreprenne les travaux nécessaires d'assiette et d'autorisations de passage, beaucoup de pèlerins se voyant encore contraints d'utiliser le macadam.
Las associations jacquaires : sonder le passé, faire bouger le présent
L'Association régionale, dont le siège est sis dans l'ancien prieuré de Cayac (Gironde), a donné naissance, en 1992, aux Associations départementales des Amis de Saint-Jacques pour tenir compte des particularismes locaux et donner à chaque département sa pleine autonomie. Les deux groupements girondins (les associations régionale et départementale des Amis de Saint-Jacques) se répartissent le travail, chacune ayant son domaine de prédilection. Une troisième association, L'Appel du chemin, est née à l'occasion de la dernière année jubilaire, dans le but de faire revivre l'histoire du Médoc. Ici, le but n'est pas de préparer les pèlerins à partir de leur côté mais de marcher tous ensemble (notamment sept jours par an vers Compostelle : le premier groupe constitué arrivera en 2005).
L'Association périgourdine, en accord avec l'évêque du diocèse, a procédé à la restauration de l'autel Saint-Jacques de la cathédrale Saint-Front, à l'occasion de l'année sainte 1999. Elle édite par ailleurs un guide complet du pèlerin de Saint-Jacques en Périgord et prépare la publication de l'inventaire du patrimoine jacquaire du département. Une autre association sise en Périgord, l'Association de la Voie de Vézelay, qui vient de rééditer le guide des 900 km de ladite voie, détient l'exclusivité de l'utilisation en France de la coquille de bronze de Léon (en Espagne), au moyen de laquelle un balisage est réalisé, destiné à guider le pèlerin au plus court lors du passage des villes. Périgueux et Saint-Sever portent déjà ces sigles approuvés par les Bâtiments de France.
L'Association de Lot-et-Garonne est soucieuse, pour sa part, d'organiser des activités patrimoniales afin de ne pas se transformer en simple groupe de randonnée. Expositions et programme de conférences sont à la disposition des intéressés (bibliothèques et municipalités en particulier). En 1999, elle a invité l’ensemble musical Venance Fortunat et elle participe tous les ans à la réunion des associations du Grand Sud, "les 04 et 05" (en référence aux indicatifs téléphoniques).
Le leitmotiv de l'Association landaise est de rendre le département accueillant pour le pèlerin. Des refuges sont installés, qui leurs sont réservés (pour éviter toute concurrence avec les hôteliers), un séminaire de préparation pour les hospitaliers (ceux qui accueillent bénévolement les pèlerins) est organisé. Tournée dès son origine vers le patrimoine, l'association participe à la remise en état d'un site par an, telle la commanderie de Bessaut ou, plus récemment, la fontaine de la côte de Brille, à l'entrée de Saint-Sever. Une convention offre également aux pèlerins un tarif d'entrée préférentiel aux musées Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan et à celui du patrimoine religieux et des croyances de Moustey (Écomusée de la Grande Lande).
L'association des Pyrénées-Atlantiques a, quant à elle, beaucoup à faire avec l'accueil des pèlerins qui étaient 17 000 à passer à Saint-Jean-Pied-de-Port en 20029. Il devient donc urgent que ceux-ci se répartissent sur les autres voies du département, notamment au Pays basque qui regorge de petites vallées et de témoignages du pèlerinage : il n'y a pas un seul haut lieu jacquaire mais une foultitude de sites à taille humaine.
La reconquête : faire vibrer la sensibilité humaine
"Le chemin de Saint-Jacques est un espace de création littéraire, artistique et intellectuel qui appelle des échanges culturels permanents."
Jean-Pierre Rousset, photographe
L'Intergroupe parlementaire européen des "Amis du chemin de Saint-Jacques", créé à l'initiative des Espagnols en 1997, avait invité, pour l'année jubilaire, Michel Laborde10 à représenter la France. Depuis, Hugues Martin, député européen et adjoint au maire de Bordeaux, est devenu membre de l'Intergroupe. Tous deux sont aujourd'hui à l'origine d'un projet bordelais en cours de réalisation : la Ville a confié à l'architecte Christine Mathieu la mise en place d'un itinéraire jacquaire urbain dont le premier objectif est de relier les trois églises bordelaises classées au titre des chemins de Saint-Jacques au patrimoine mondial de l'Unesco11. Sur 6 km, l'itinéraire évoquera l'histoire de la ville à travers celle du pèlerinage, à destination des touristes, des promeneurs bordelais ou des pèlerins qui empruntent déjà la voie Turonensis (de Tours) et font halte à Cayac.
"Saint-Jacques est un moyen passionnel d'exercer son métier et d'apporter son point de vue à travers ce que l'on est."
Christine Mathieu, architecte
Évocations jacquaires en Pays basque
Dans le cadre de la Convention spécifique du plan État-Région propre au Pays basque, une ligne budgétaire a été attribuée pour l'optimisation du patrimoine jacquaire. Dans ce cadre, s'inscrit notamment un Centre d'évocation des Chemins de Saint-Jacques, projet d'envergure qui pourrait voir le jour à Saint-Jean-Pied-de-Port. En attendant, la commune accueille, jusqu'au mois d'octobre, et pour la deuxième année, une exposition de 450 m2, créée par Jean-François Demange, homme de cinéma et de spectacles12.
"Chacun doit ouvrer selon sa vocation."
Jean-François Demange
Le musée de Saint-Palais, qui a ouvert ses portes au début des années 1980, est en grande partie consacré aux chemins de Saint-Jacques. La réfection de l'audiovisuel constitue une des priorités du nouveau président de l'Association départementale, dont les projets se placent plus volontiers sous le signe de la colombe de Sainte-Christine du Somport plutôt que sous celui de l'épée de Saint-Jacques, rouge du sang des Arabes (rubet ensis sanguine Arabum13).
"Il ne faut pas oublier de prendre les gens au sérieux, ils sont parfois plus cultivés qu'on ne l'imagine."
Bertrand Saint Macary, président de l'association des Pyrénées-Atlantiques
Le tracé de la voie du Piémont14 est d'ores et déjà défini et n'attend plus que sa concrétisation. Néanmoins, la mise en valeur de sites jacquaires est déjà en place. Dans l'église de l'Hôpital-Saint-Blaise, une scénographie spécifique accueille les visiteurs (l'édifice est inscrit au Patrimoine de l'Humanité, au titre des Chemins). À Ordiap, un Centre d'évocation "des Chemins de Saint-Jacques, de l'art roman et de la culture basque" a ouvert ses portes il y a deux ans (l'assemblage des trois thèmes n'est pas sans rappeler le rapport ésotérique qui est souvent fait entre la culture basque et les chemins de Saint-Jacques, voire Maître Jacques, patron des compagnons du devoir).
"À quoi bon, mes frères, dire qu'on a de la foi, si l'on n'a pas d'œuvre ?"
Épître de Jacques, 2,14
Chemin faisant en Béarn
En Vallée d'Aspe, le village de Borce, l'un des quatre sites de l'Écomusée de la Vallée (sur le GR de la voie d'Arles), a remis à l'honneur l'ancien hôpital qui accueillait des pèlerins dès le 10e siècle. L'ancienne chapelle, restaurée, propose une muséographie très contemporaine évoquant le pèlerinage. L'Écomusée propose également des conférences et organise des journées de marche à la découverte du patrimoine jacquaire dans la vallée.
En Vallée d'Ossau, le balisage de l'itinéraire est pris en charge par le Sivom de la vallée. Ici, c'est l'ONF qui œuvre sur le terrain. Cette revalorisation d'un itinéraire séculaire et oublié est l'initiative des associations Pierrine Gaston Sacaze, qui œuvre pour la culture locale, et Los Auzelets, dont l'objet est la restauration du château de Béost (cet itinéraire est l'un des trois chemins vicomtaux du Béarn du 12e siècle dont les utilisateurs bénéficiaient de la protection de Gaston IV Le Croisé). Depuis sept ans, le château, ancienne abbaye laïque a retrouvé sa fonction de refuge. Au cours de la restauration, un parchemin daté des 15e ou 17e siècles fut mis au jour, révélant le passage à Béost de pèlerins atteints de la peste. L'association attend patiemment que l'institut Pasteur, auquel elle avait prêté le document, veuille bien lui rendre son trésor.
Oloron-Sainte-Marie sera bientôt en mesure de proposer aux pèlerins un hébergement dans un ancien hôtel restauré grâce à l'office de tourisme, la mairie et l'association Camino. Cette dernière, portée par un passionné d'art, Pierre Louis Giannerini, est née en 1990 du constat que les chemins de Saint-Jacques ont inspiré des artistes de toutes les époques, chacun avec ses matériaux, ses savoir-faire, ses modes de représentation. Ainsi, une vingtaine d'œuvres d'artistes contemporains jalonne le chemin de Saint-Jacques entre Oloron et l'Espagne (elles sont installées de façon permanente en plein air). Le jumelage culturel avec les communes espagnoles de Jaca et Uncastillo laisse espérer un prolongement de cette démarche de l'autre côté de la frontière.
"Le chemin est un appel d'art. Il existe dans la tête et non sur le sol."
Pierre Louis Giannerini
Au moment où ces lignes sont écrites, seule la cité de Lescar a officiellement prévu des manifestations pour la prochaine année jubilaire 2004 (lorsque le jour de la saint Jacques tombe un dimanche, le pape accorde sa pleine indulgence à ceux qui pénètrent dans la cathédrale par la Porte du Pardon de la cathédrale de Compostelle, ouverte seulement à cette occasion). Les pèlerins des environs seront invités par les associations Le Refuge de Lescar, Chemin Faisant et par la mairie à partager leur expérience, tandis que cinq lieux d'exposition seront proposés dans la ville. L'association Chemin Faisant, qui participe à la mise en valeur des chemins de Saint-Jacques en tant qu'itinéraires d'art (en 1999, elle avait accueilli la formation musicale européenne El Canto, qui présentait une création sur le thème du Chemin de Saint-Jacques), propose une grande variété d'activités culturelles (initiation à l'art roman, animations scolaires, concerts).
Ce tour d'horizon sur les différentes façons d'aborder ou de mettre en valeur le Chemin de Saint-Jacques est très rapide. Il permet cependant de toucher l'essence de l'Homme créateur, à travers chaque regard, chaque sensibilité et finalement chaque "initiative jacquaire". Mais on ne trouve que ce que l'on porte déjà en soi et, si le Chemin de Saint-Jacques est aussi un Chemin de Paix, alors l'Humanité a plus que jamais besoin des pèlerins foulant le sol de la Terre malade.
"Une société humaine qui se veut basée sur la tolérance, le respect d'autrui, la liberté et la solidarité ne peut être fondée que sur les différences des Hommes."
(Très librement adapté par l'auteure du texte de la déclaration de Saint-Jacques de Compostelle, Conseil de l'Europe, 23 octobre 1987).
Notes
1. Nous avons relevé beaucoup plus d'initiatives en Pyrénées-Atlantiques terre de confluence des chemins ou déformation
professionnelle de l'auteure?
2. Si le thème de Saint-Jacques a un moment pu servir d'alibi à des restaurations, les demandes de subventions doivent être aujourd'hui accompagnées d'un projet.
3. D'autres voies tendent à être officialisées, dont l'intérêt peut être touristique, historique, patrimonial... Ainsi, celles du littoral, du piémont, ou des variantes des quatre voies officielles.
4. L'Europe rappelle sa presence sur les sentiers de Saint-Jacques par une balise, sur fond bleu, à branches jaunes convergentes, tels les chemins vers la Finis Terrea ibérique, et ouvertes en forme de coquille vers l'Europe. Elle est stylisée au gré des conseils généraux.
5. CDRP, conseils généraux et associations départementales travaillent également de concert sur les itinéraires, pour autant que ces dernières aient répondu présentes.
6. Le terme "Voie de Vézelay", déposé légalement, est propriété de l'Association des Amis de la voie de Vézelay qui en a réalisé le tracé historique. C'est pourquoi le GR 654, dont le tracé diffère, est nommé « itinéraire de Saint-Jacques de Compostelle via Vézelay ».
7. II s'agit de la voie dite historique : le GR itinéraire de Vézelay passe dans le département du Gers.
8. L'inventaire des Landes étant terminé, Jean-Pierre Rousset a commencé le même travail en Pyrénées-Atlantiques.
9. Une multitude que les moyens d’aujourd’hui (transports de nourriture et multiplication des gîtes) permettent de satisfaire mais qui tendent à relancer le débat sur les foules de pèlerins mentionnées par les érudits du 19e siècle.
10. Michel Laborde, ex-président de l'association régionale des Amis de Saint-Jacques, est par ailleurs membre fondateur de l'Académie de recherche et d'études sur le chemin de Saint-Jacques.
11. II s'agit de la basilique Saint-Seurin, de l'église Saint-Michel et de la cathédrale Saint-André.
12. Jean-François Demange est à l'origine du Centre Athanor, à Bellocq, où l'on peut commander son propre bourdon, taillé sur mesure.
13. L'épée est le symbole de l'Ordre de Saint-Jacques, ordre de chevalerie dont le rapport avec le pèlerinage à Compostelle est encore difficile à établir pour un historien consciencieux.
14. La voie du piémont, ainsi nommée par ses instigateurs au début des années 1980, suit le piémont pyrénéen dans le prolongement de la voie d'Arles pour franchir les montagnes en Pays basque, moins hautes et moins effrayantes qu'en Béarn.
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