Saint-Sever, Cap de Gascogne
À lire en balade: 
L'église de Saint-Sever

Où ?

Saint-SeverSaint-Sever, B40, 40500
France
43° 45' 35.0496" N, 0° 34' 18.5268" W

par Jean-Claude Lasserre | Article publié en février 1997, dans Le Festin n°21.

Juchée au bord du plateau de la Chalosse, la ville de Saint-Sever a vu, depuis le 5e siècle et l'apparition du saint dont elle porte le nom, sa physionomie fortement marquée à la fois par l'établissement de diverses congrégations religieuses et par les guerres successives qui la ravagèrent. Grâce à un site privilégié, elle a su conserver jusqu'au 19e siècle les traces d'un passé prestigieux.
 

 

Situé à 16 km de Mont-de-Marsan et à 37 km d'Orthez, Saint-Sever Cap de Gascogne est perché, à une altitude moyenne de 10 m au-dessus du niveau de la mer, sur le rebord septentrional de la Chalosse, "immense balcon suspendu au-dessus de la mer des sables et de la forêt sombre" (Enjalbert), au contact de deux régions physiquement et économiquement très différentes : au nord, la vaste plaine monotone des Landes de Gascogne ; au sud, le plateau de la Chalosse découpé par de nombreuses vallées. L'Adour, coulant en contrebas dans une vallée très dissymétrique, assure le trait d'union entre ces deux régions si contrastées1.


 

Le site

Le site de Saint-Sever se présente comme un plateau qui se termine à l'ouest par un éperon formé par la rencontre de la vallée de l'Adour de direction est ouest et de celle du Gabas de direction générale sud est nord ouest, s'élargit vers l'est et s'élève progressivement vers le sud est pour culminer à 6 km de la ville au Pouy de Montsoué (167 m) ; véritable barrière naturelle, l'abrupt nord est recouvert d'une végétation dense qui, empêchant tout phénomène de glissement et d'érosion, maintient sa forme à la terrasse ainsi délimitée. Celle-ci est également disséquée par une série de vallons étroits et profonds presque perpendiculaires à l'abrupt nord : à l'ouest, celui où coule le ruisseau du Touron se divise en deux branches, celle où a été tracée l'actuelle route nationale 133 et, 20 m plus loin, celle où circule l'ancienne route de Brille, seule voie d'accès au plateau jusqu'au xviiie ; ces deux branches formant d'excellents fossés naturels déterminent la butte de Morlanne, surface plane de trois hectares environ. À l'arrière, le plateau est pris comme en tenaille, à l'est par le vallon du ruisseau du Projan, à l'ouest par celui déjà cité du Touron, qui modèlent ainsi une vaste portion de terrain, bien défendue sur plusieurs côtés. Les populations qui occupèrent successivement la région ne pouvaient qu'utiliser les avantages assez remarquables d'un site particulièrement apte à la défense qui, de plus, pouvait permettre, une fois un certain nombre de conditions réunies, l'installation d'un ensemble urbain important, allié à des possibilités d'extension.

Le castrum de Morlanne

Telle qu'elle apparaît au début du 19e siècle, la ville de Saint-Sever est donc constituée de deux ensembles inégaux et bien distincts, résultats de la topographie et de l'histoire, et séparés par la route de Mont-de-Marsan à Orthez : d'une part, la ville proprement dite et ses faubourgs, serrés autour de l'abbaye bénédictine ; d'autre part le plateau de Morlanne, prolongé par le faubourg de la Cize, lieu de naissance de l'agglomération saint-séverine. Les origines religieuses de la ville ne doivent pas faire oublier en effet que bien avant cette date le plateau de Morlanne, véritable forteresse naturelle, fut d'abord et pendant longtemps le seul endroit habité pour des raisons essentiellement défensives; les avantages du "Mont de Lannes" ne pouvaient échapper aux différents groupes humains qui y vinrent trouver refuge. Les documents les plus anciens recueillis par Du Buisson y situent d'ailleurs le castrum établi par les Romains et l'emplacement du légendaire Palestrion, palais du gouverneur romain Adrien converti par saint Sever au début du 5e siècle. Quelques travaux récents sont venus apporter des éléments nouveaux à l'histoire des origines de la ville, et qui semblent parfois rejoindre la légende. Un certain nombre de sondages ont été, en effet, effectués de 1966 à 1968 dans un espace malheureusement trop restreint et très bouleversé par l'urbanisation moderne du site, ce qui limite sérieusement les possibilités de fouilles. Dans un contexte stratigraphique encore trop incertain, plusieurs trouvailles attestent d'une manière irréfutable l'ancienneté et la permanence sinon continue du moins fréquente du plateau de Morlanne. Les couches les plus anciennes ont livré des documents de la pré ou de la protohistoire, témoignages trop minces cependant pour donner une idée précise du peuplement établi à cet endroit. Puis les témoignages gallo-romains, plus nombreux intaille en cornaline

La fondation de l'abbaye

Des légendes pieuses relatives à l'apostolat et au martyre de Severus, légendes d'ailleurs tardives et destinées avant tout à assurer l'ancienneté et le prestige d'un monastère qui commençait à être fréquenté par les pèlerins de Saint Jacques, il semble simplement qu'il faille retenir l'idée qu'elles sont le témoignage d'une activité missionnaire indéniable dans cette région, mais sans que l'on puisse apporter, pour l'instant du moins, quelques éléments précis sur sa date et ses manifestations. Il semble qu'il en soit de même pour l'installation d'un premier monastère bénédictin auprès du tombeau du saint, plusieurs fois ravagé jusqu'à ce que, aux approches de l'an mil, le duc de Gascogne, Guillaume Sanche, accomplissant le vœu qu'il aurait formé en cas de victoire contre les pillards (normands ?) qui infestaient la région, décidât d'implanter ou de restaurer un monastère en ces lieux après avoir acheté à ceux qui s'en étaient emparés le terrain autrefois concédé aux moines. De l'ensemble de chartes parvenues jusqu'à nous et vraisemblablement fabriquées à la fin du 11e ou au début du 12e siècle, mais qui peuvent cependant avoir emprunté certains éléments à des textes antérieurs, la critique contemporaine, après Paul Aimes, n'a retenu comme authentique que cette charte d'acquisition du terrain qui eut lieu à la date possible du 14 septembre 988. La fondation ou la "restauration" du monastère "en l'honneur du Sauveur, de saint Pierre, prince des Apôtres, et de l'illustre martyr Sever", ne put intervenir que quelques années plus tard, vraisemblablement en 993, date généralement admise. Une telle initiative semble avoir été la reprise, après quelques années, de la fondation, qualifiée aussi de "restauration", qui avait eu lieu en 977, du prieuré de La Réole. Le choix stratégique de ces deux sites, chacun au passage d'un fleuve, laisse entrevoir, selon l'expression de Charles Higounet, "une intuition toute géographique" : en effet la route d'Aquitaine qui les unit constitue, sous le règne de Guillaume Sanche, l'axe des possessions ducales. Quoi qu'il en soit, c'est de cette installation sur la butte disponible, située à 300 mètres environ au sud de celle de Morlanne désormais confirmée dans sa vocation défensive, que devait naître la ville proprement dite de Saint-Sever.

La "ville" du 12e siècle

L'histoire de la ville de Saint-Sever à ses débuts se confond avec celle de l'abbaye bénédictine et de ses abbés, seigneurs du lieu. Son essor, tant du point de vue matériel qu'intellectuel, fut rapidement remarquable, surtout sous l'abbatiat de Grégoire de Montaner. C'est durant cette période (1028-1072) que fut enluminé le célèbre manuscrit de l'Apocalypse composé principalement d'un commentaire de L'Apocalypse de saint jean tel qu'il a été rédigé par un moine asturien du 8e siècle, Beatus de Liebara. La première église abbatiale ayant été détruite, ainsi que les bâtiments conventuels, par un incendie dans les années 1060-1065 fut reconstruite selon un parti très ambitieux et original, unique dans la région pour plusieurs éléments comme le plan aux sept absides échelonnées, les chapelles d'étage ou les tribunes de transept. Contrôlant un tronçon de la via Lemovicensis vers Compostelle et une partie de la route longeant le littoral, elle accumulait de plus les possessions dans les diocèses d'Aire, de Dax ou de Bordeaux. II ne faut pas s'étonner dès lors de voir accourir et se placer sous sa protection quantité de personnes qui formèrent bientôt la première agglomération saint-séverine, qui n'aura d'ailleurs jamais d'autre nom que celui de l'abbaye elle-même.
Il faut cependant attendre les alentours de 1100 pour avoir confirmation de l'existence de la ville par des textes dont la véracité, en ce qui concerne la date et l'ensemble des dispositions, n'a jamais été encore mise en cause. À ce moment-là, en effet, l'abbé Suavius (1092-1107) aurait "peuplé" la ville et, "cédant aux instances et aux prières des hommes du lieu", en échange de l'autorisation demandée par eux d'enclore leur cité de murailles et de fossés, leur aurait accordé une série de statuts fixant leurs droits et leurs devoirs et précisant ceux de l'abbé seigneur de la ville. Cette "fondation" de Suavius est à mettre en parallèle avec la fondation du "castelnau" de Mugron, dans un site comparable à celui de Saint-Sever, décidée en 1074, réalisée ensuite avec des statuts et un marché si étrangement semblables que l'on peut se demander s'il ne s'est pas agi d'une même opération. Au travers de ces statuts, quelques renseignements peu précis complétés par les commentaires de Du Buisson permettent d'avancer quelques hypothèses sur le développement de la ville et sa topographie et d'analyser quelques-unes de ses aspects les plus significatifs.
Le caractère défensif de Saint-Sever apparaît d'emblée comme l'un des plus évidents avec la conjonction entre château de Morlanne et fortifications de ville. L'absence de renseignements écrits sur la muraille oblige à recourir aux témoignages archéologiques peu nombreux et à la topographie pour essayer de reconstituer son périmètre. Si le tracé du mur qui borde la ville à l'ouest a été aisément déterminé par l'abrupt du Touron, il est déjà plus difficile de préciser les limites méridionales et occidentales de la ville. Les bâtiments conventuels et la rue de Belloc semblent donner les limites au sud. La présence encore visible au 17e siècle dans la rue de Mauléon de la porte dite Jouliou à l'emplacement exact d'une forte rupture de pente semble indiquer le point d'arrivée possible de la muraille du côté nord ouest, dans un axe rue du Ganga et son prolongement rue des Ursulines. Il devait peut être exister d'autres portes que celle dite Jouliou mais leur emplacement est inconnu. L'abbé en assurait la clôture et la fortification, se réservant également les droits de péage perçus à l'entrée comme à la sortie. Le château de Morlanne peut être sûrement situé à la partie sud du castrum, à l'endroit où subsistent encore deux mottes qui contrôlaient l'entrée du site par la côte de Brille. Il est connu, sans que l'on puisse en tirer quelque conclusion chronologique, par le dessin de Du Buisson ainsi que par un texte, également tardif, qui donne en 1615 un "état des murailles du château royal qui menacent ruine" : donjon crénelé où se trouvaient les prisons, entouré d'une enceinte flanquée de quatre tours d'angle. La liaison entre les deux éléments nés l'un de l'autre, le castrum habité et le bourg entouré de remparts, se fait par une rue axiale (rue de Mauléon) aux extrémités de laquelle se trouvent placés château et abbaye.

Cette structure bipolaire n'est pas sans rappeler le bourg castral bien conservé de Barbezieux étudié par M. Debord qui fait remarquer qu'en dehors de la topographie particulière qu'il entraîne, certaines institutions s'attachent à ces bourgs, comme la dotation en foires et marchés. Or, d'après le texte de Suavius, Saint-Sever se voit doté d'une foire et d'un marché : foire annuelle de onze jours à partir du jeudi après la Pentecôte, et établissement du marché de La Loubère qui se trouvait hors les murs. D'après un plan
contenu dans un terrier de l'Abbaye (1766-1769), l'emplacement de ce marché est à situer désormais à 1 500 mètres environ au sud de l'abbaye, à l'extrémité du Bourg Neuf (actuel quartier du Castallet), dans un secteur délimité actuellement par les routes conduisant à Hagetmau et à Pau. Durant les troubles, le marché hebdomadaire du jeudi au dimanche se tenait sur l'actuelle place dite du Tour du Sou ou du Sol, à l'ouest de l'abbaye, sur un de ces emplacements que s'étaient justement réservé l'abbé autour du monastère (à l'ouest et au sud) de façon à l'isoler ou à ménager des espaces pour de futures extensions.

L'essor de la ville peut ainsi s'expliquer par des fonctions défensives, commerciales, bien évidemment religieuses et également administratives. En effet, les abbés de Saint-Sever, ayant récupéré à leur profit la totalité des droits régaliens attachés au château, prétendent de ce fait détenir l'ensemble des pouvoirs judiciaires des viguiers, comme celui de convoquer à Saint-Sever la cour de Gascogne. Le paréage conclu avec le roi duc d'Aquitaine le 31 juillet 1270, après une insurrection municipale, accorde toujours à l'abbé ce droit au titre de viguier. En revanche, il permet au roi d'Angleterre d'occuper le Capdulh, c’est-à-dire le vieux château de Morlanne, clause qui sera bien évidemment reprise par les rois de France, ainsi par Louis XI au mois de décembre 1461.

La dilatation des 12°-14° siècles

On comprend aisément que ces activités multiples faisaient de Saint-Sever une ville attractive où se côtoyaient cultivateurs et commerçants, moines et pèlerins, mais aussi tous les agents du pouvoir et les soldats et l'on sait que durant la guerre de Cent Ans les garnisons furent importantes. D'ailleurs l'arrivée des Dominicains, après une enquête effectuée en 1278 ou 1280, est le signe indéniable de la prospérité de la ville qui présentait certainement les garanties favorables et nécessaires à leur installation : une population assez importante, la présence de certaines catégories sociales commerçants ou artisans capables de les accueillir et de faire vivre leur couvent. Grâce au soutien de bourgeois ou de nobles, comme leur fondator Arnaud de Marsan, seigneur de Cauna et de Mugron, le couvent sera édifié dans la partie sud ouest de la ville, sur des terrains situés au revers même des remparts. Il sera vite englobé par la muraille du 16e siècle. Pendant la guerre franco anglaise, le château de Morlanne joue d'ailleurs un rôle de premier plan. Durant cette période, la vie séverinoise est marquée en effet par une succession de sièges, illustrant les divers moments du conflit, 1295, 1360 ou 1442, date à laquelle, à l'automne de cette année, la ville est définitivement gagnée aux Français. Au début du 15e siècle, la ville est désormais délimitée par une enceinte de forme triangulaire de 1 150 mètres de longueur, encerclant une zone intra muros d'environ cinq hectares, et dont il rie subsiste à l'heure actuelle que bien peu de vestiges quelques traces de murs, une tour défendant la ville du côté sud est près des Jacobins ; à l'opposé, au nord ouest, une petite tour d'angle dominant le ravin et la base d'une échauguette. Toutefois, de nombreux fossés remplis d'eau
existant encore en 1809 aident, en l'absence de témoignages plus importants, à la reconstitution du tracé, surtout du côté sud. Le faubourg de La Guillerie, séparé du Maubourguet par un fossé, prolongeait la ville dans la partie sud ouest. L'appendice ainsi formé était également entouré de fossés et la rue centrale, dite de La Guillerie, était la continuation de la rue Prat. Le texte de 1615 fait mention aussi d'une seconde porte protégeant le faubourg. Un Bourgnau (quartier actuel de Castallet), étalement entouré de fossés, fut aménagé au voisinage du marché de La Loubère. On peut vraisemblablement penser qu'il y avait là, depuis l'installation du marché, un petit peuplement qui, s'étant peut-être agrandi, entraîna sa protection dans un endroit particulièrement vulnérable. La forme singulière du secteur formé par les rues Tournante, Tambourrère et Pontix pourrait être le souvenir d'un petit ensemble fortifié qui, situé en avant de la porte de Pontix, protégeait ainsi l'accès plus fragile de la ville au sud ouest. D'après le texte de 1615 déjà cité, l'entrée dans la ville se faisait par six portes, dont cinq au moins étaient importantes : au nord, donnant sur Morlanne et la côte de Brille, la porte dite de Mauléon avec pont-levis ; à l'ouest, face à la voie d'accès du Touron, la porte du même nom, la seule encore en place ; celle de Las Poussouères ou Poussoires, peut être ouverte déjà dans la première enceinte, qui pouvait être située entre l'ancien hôtel de Toulouzette et les premières maisons de la rue de Pontix et qui donnait accès certainement aux jardins ; celle de Pontix au sud ouest ; celle de La Guillerie au sud est, ouvrant sur le faubourg du même nom ; porte du Belloc, enfin, près du couvent des Jacobins, ouvrant à l'est avec un pont. Si l'on regarde le plan du début du 19e siècle, on constate que la ville et ses trois faubourgs jusqu'à La Loubère sont traversés de part en part par une grande voie, prolongement de la voie primitive qui reliait le château à l'abbaye, ponctuée simplement par deux portes de La Guillerie. La rue Neuve indique que les constructions récentes se situent au sud de l'abbaye dans un secteur situé entre les anciennes et les nouvelles murailles. Le secteur situé entre la rue de Mauléon et la rue de Belloc présente un parcellaire dense en forme de lanières allongées. À cet endroit, les maisons montrent généralement une façade étroite et une pièce en bordure de la rue assez profonde, donnant souvent sur une petite cour intérieure. Des arceaux, seul celui qui est situé à l'angle de la rue des Monges et de la rue de Mauléon peut être de l'époque médiévale, les autres ayant été vraisemblablement refaits à l'époque moderne. Enfin, il faut mentionner dans le vieux cimetière, à l'est de l'église abbatiale, une construction qui a fait office d'hôtel de ville jusqu'à la Révolution. Au Bas du Pouy, près du pont en bois de l'Adour et du moulin de Cartie construit par le roi d'après le paréage de 1270, se trouvent également l'hôpital et la chapelle Saint Michel destinés aux pèlerins de Saint Jacques, situés de chaque côté de la route montant à Saint-Sever.

La ville moderne

Au début du 16e siècle, la région répare lentement les désastres de la guerre de Cent Ans. Sous l'impulsion des Bénédictins, la restauration de la ville s'organise. Mais dans la seconde moitié du 17e siècle, Saint-Sever connut à nouveau les combats et leur cortège
de calamités. De 1568 à 1570, en effet, la Chalosse subit les malheurs des guerres de Religion. L'épisode le plus marquant en fut certainement, le 11 septembre 1569, la prise et la mise à sac de la ville par le capitaine huguenot Montgomery et ses troupes. Une partie d'ailleurs y élit domicile et y exerça ses ravages une année durant jusqu'à la proclamation, en août 1570, de la paix de Saint-Germain. Plusieurs documents contemporains, enquêtes, mémoires, procès-verbaux, sur les maux causés par la guerre, ou plus tardifs comme les plans réalisés par trois religieux mauristes en 1647, 1648, 1659 et 1678 en vue de l'aménagement des locaux ruinés de l'abbaye bénédictine, ou le procès-verbal de l'état des murs de la ville… du 20 juillet 1615, permettent de se faire une idée de l'ampleur des préjudices causés tant aux bâtiments civils et religieux qu'aux ponts, portes, fortifications et au château de Morlanne. Une fois faite la part de l'exagération inévitable en de pareilles circonstances, il semble cependant certain que la ville et ses faubourgs étaient en ruines, les habitants décimés, les murailles en partie tombées, le château royal délabré, l'abbatiale à reconstruire en partie et les Bénédictins exilés, les Jacobins, privés de leur couvent et n'ayant pas les moyens de le réparer, conduits à affermer une partie de leurs biens. C'est dire combien, après ces périodes de confusion et de troubles, le continu mais très lent effort de réparation ou de reconstruction au cours du 17e siècle, associé à l'implantation de nouveaux ordres religieux dans la ville proprement dite et dans les faubourgs de La Guillerie où se trouvaient encore de nombreux en droits non construits, a profondément marqué la topographie saint-séverine et sa physionomie monumentale. Tous ces monuments reconstruits ou nouvellement conçus, manifestation du renouveau catholique, témoignent aussi de la renaissance de la ville au 17e siècle et au début du 18e siècle. Il faudra cependant plus d'un siècle pour qu'avec la remise en état des bâtiments conventuels, arrive à terme la série des importants travaux de restauration du monastère bénédictin, entrepris surtout après l'introduction de la réforme de Saint-Maur et destinés à recevoir une communauté rénovée et qui avait su également reconstituer son patrimoine. Ce nouvel essor coïncide aussi avec celui des Jacobins qui connaissent alors une semblable ère de prospérité correspondant à la carrière de l'un des leurs, le père Antonin Cloche, ancien prieur du couvent de Saint-Sever avant de devenir maître général de l'ordre de 1686 à 1720. C'est surtout grâce à lui que se fit la restauration de l'église et des bâtiments conventuels avec la reconstruction complète du cloître, ensemble qui, comme l'a montré une étude récente, a cependant conservé, en plan du moins, les dispositions générales médiévales.

Deux nouvelles communautés religieuses, celle des Frères Mineurs ou Capucins, puis celle des Ursulines, vinrent au même moment s'établir dans la ville. Les premiers apparaissent en 1620, date à laquelle, après avoir supplanté les Récollets qui voulaient également s'installer à Saint-Sever, ils obtinrent des Bénédictins "par manière de prêt et pour une année seulement", la petite église dédiée à saint Girons, située près des remparts, en attendant qu'ils aient trouvé un emplacement pour construire leur couvent. Après plusieurs autres tractations, un accord intervient le 7 juin 1724 grâce au sieur de Lespes, bourgeois de la ville, qui s'obligeait en leur nom vis-à-vis des Bénédictins ; et moyennant un certain nombre d'obligations assistance aux processions générales, interdiction de percevoir des droits mortuaires, etc., les Capucins furent autorisés à construire leur église, dédiée à Notre Dame des Anges, et leur couvent sur des terrains appartenant à l'abbaye dans le faubourg de La Guillerie. Quelques années plus tard, entre 1630 et 1634, les moniales de l'ordre de Saint Ursule vont aussi obtenir des Bénédictins, moyennant le paiement annuel d'un cens, l'autorisation de construire un monastère sur des terrains concédés au nord de l'abbaye. Il faut enfin ajouter qu'au cours du 17e siècle un hôpital avec chapelle, maison, cour, puits, entrée et jardin, avait été installé, faubourg de La Guillerie, presque en face du couvent des Capucins.
Au 18e siècle, la ville de Saint-Sever, devenue le siège d'une subdélégation de l'élection des Lannes, connaît, comme beaucoup d'autres villes françaises à la même époque, une série de transformations qui vont lui donner une physionomie nouvelle dont elle a jusqu'à nos jours conservé certains aspects. Parmi cette série de grands travaux, auxquels municipalité et intendants prennent part, les plus spectaculaires sont certainement les réparations du pont de l'Adour et, dans le prolongement, la création, de 1767 à 1777, de la nouvelle route de Mont-de-Marsan à Orthez nécessitant de nombreuses expropriations. La côte contournant d'abord à flanc de coteau la butte de Morlanne entraîne la construction sur l'ancien fossé de la place dite du Cap du Pouy, à l'emplacement d'ailleurs de la tête du vallon, ainsi que, par contrecoup, l'ouverture de la voie montant au plateau de Morlanne et en face l'alignement de la rue de Mauléon (actuelle rue Lafayette) par destruction de la porte de Jouliou et des arceaux qui l'encombraient. Du Cap du Pouy, et le long de l'ancien fossé part la nouvelle route, hors les murs, rejoignant place du Castallet la vieille voie de ville (rue du Prat, rue de La Guillerie) qui sera élargie et aménagée, terminant ainsi la série des grands travaux de voirie. Dans la seconde moitié du 18e siècle, le vieux château de Morlanne est démoli et, en 1778, disparaît l'ancien hôpital Saint Michel. Pendant la Révolution sera enfin détruit le vieil hôtel de ville. Au même moment également, tous les couvents ferment ; seules les Ursulines sont transformées en tribunal, en prison et en gendarmerie. Encore propriété privée en 1809, le couvent des Capucins devient le nouvel hôpital aujourd'hui détruit.

Durant cette période, 17e et surtout 18e siècle, la ville s'étend dans le secteur de Pontix sur le chemin de la Gale (rue E.-Leroy), dans le faubourg du Castalet, à la Cize, à La Guillerie et au Belloc (dont le développement est lié à l'ouverture de la route nationale), à Morlanne après la disparition du château, au Bas du Pouy et le long de la nouvelle côte. En ville, s'il reste par ci par là quelques éléments de l'architecture du 18e siècle, ce sont surtout les édifices du 18e siècle qui dominent dans certains secteurs place du Tour du Sol avec maison à arcades et hôtel de Toulouzette avec jardin et parc aménagés, rue Neuve et rue du Prat, ce qui donne à la ville un cachet monumental et aristocratique certain. La présence de nombreux jardins à l'intérieur des murs et celle de la campagne rendue plus proche depuis que la ville, ayant abattu ses remparts est devenue une ville ouverte, lui donnent encore un aspect de ville à la campagne qu'elle a toujours malgré tout conservé.

En effet, l'image qu'en donne le cadastre de 1809 n'a pas beaucoup évolué jusqu'à nos jours, au moins dans la structure générale sinon dans tous les détails. Paradoxalement, ce qui avait contribué à la destinée de la ville ancienne et à son succès site imprenable, abrupt septentrional infranchissable, existence de ravins modelant la surface urbaine en zone aisément défendables dont la butte de Morlanne aux origines de la ville a, les exigences ayant changé, entravé le développement à l'époque contemporaine.

Même si la poussée urbaine vers le sud permet aujourd'hui de déborder les ravins du Touron ou de Projan, ces vallons sont toujours une gêne pour un développement cohérent de la ville. Cette situation a du moins permis, pour le plaisir de tous, de faire de l'espace de qualité compris dans les remparts du 14e siècle un site historique protégé, peu à peu magnifiquement restauré et qui témoigne du passé prestigieux de Saint-Sever Cap de Gascogne.

Note
1. Ce texte a déjà fait l'objet dune publication dans l'Atlas Historique des villes de France, sous la direction de Ch. Higounet, J. B. Marquette et Ph. Wolff, éditions du CNRS, 1982.

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Saint-Sever, Cap de Gascogne
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