Notre-Dame de Bayonne sous un jour nouveau
À lire en balade: 
Cathédrale Notre-Dame de Bayonne

Où ?

Cathédrale Sainte-Marie
15 Rue des Prébendes
Bayonne, B64, 64100
France
43° 29' 25.8432" N, 1° 28' 41.754" W

par Hortensia Gauthier | Article publié en septembre 2004, dans le hors-série de la revue Le Festin : "L’Aquitaine monumentale"

En travaux depuis l’époque gothique, la cathédrale de Bayonne a connu ses plus importants remaniements au 19e siècle qui lui ont donné son visage actuel. Parmi les aménagements récents, la création d’un mobilier liturgique, confiée au sculpteur Dominique Kaeppelin, perpétue le dialogue entre l’ancien et le contemporain.


D’une certaine manière, l’histoire de la cathédrale Notre-Dame de Bayonne se confond avec celle de la ville : par son emplacement d’abord, au cœur de la cité, au sommet de la butte où s’installe dès le 4e siècle le castrum romain et ses remparts, au confluent de la Nive et de l’Adour, puis au centre de la ville médiévale qui lui succède.
Les historiens s’accordent pour attribuer à l’évêque Raymond de Martres le lancement, entre 1120 et 1125, du projet de construction d’une cathédrale dédiée à Notre-Dame. Toutefois, on ne sait presque rien de cet édifice roman dont les derniers vestiges importants, déjà lourdement affectés par les guerres, sont détruits dans l’incendie qui ravage Bayonne en 1258.

La vision d’un maître d’œuvre champenois

La cathédrale actuelle est élevée à partir du 13e siècle. De cette époque ne subsistent, avec certitude, que le chœur, le porche sud et certaines parties du cloître, car Notre-Dame, selon la formule de Bernard Voinchet, architecte en chef des Monuments historiques, est "en travaux depuis huit siècles". Attribuée à un maître d’œuvre champenois, la conception de l’édifice gothique trahit l’influence des cathédrales du nord de la France, Soissons en particulier. Le chevet, structuré en trois parties, comprend l’abside, délimitée par six piliers et les arcs qui les relient, le déambulatoire qui l’entoure et, en périphérie, sept chapelles desservies par ce même déambulatoire.

Au cours des siècles suivants, différentes parties sont progressivement édifiées d’est en ouest : aux 14e et 15e siècles, sont construits le transept, la nef, les bas-côtés et les chapelles, ainsi que le portail occidental avec la base des tours ; au 16e, le grand porche est créé à l’ouest et suivi de divers aménagements, notamment intérieurs. Aux 17e et 18e siècles, enrichissements et destructions se succèdent. À partir de 1793, la cathédrale est transformée pour un temps en grenier à foin.

Après les saccages de la Révolution et les désordres architecturaux qui en découlent, les campagnes de restauration du 19e remanient considérablement le monument, si bien que "dans la plus grande partie de l’édifice actuel, le dosage de l’authentique, de la restitution sincère et de l’invention arbitraire reste difficile", comme a pu le remarquer Jacques Gardelles1. Ainsi, la cathédrale qui se trouve aujourd’hui sous nos yeux appartient davantage aux 19e et 20e siècles qu’à l’époque gothique. L’essentiel des travaux de restauration est dû à Émile Boeswillwald, disciple de Viollet-le-Duc, et se réalise à partir de 1851 pour se terminer en 1930 grâce aux moyens considérables réunis par les prélats, en particulier un revenu annuel de 40 000 francs or légué par le banquier bayonnais Jacques-Taurin Lormand.
Puis, pendant une cinquantaine d’années, les interventions consistent essentiellement en restaurations à l’identique : toiture haute, flèche sud, toitures du cloître, parements… 

À partir des années 1980, d’importants travaux sont réalisés : le porche ouest, qui avait été fermé, est débarrassé de sa grille et ses baies latérales sont rouvertes ; le beffroi situé à la verticale du chœur, qui menaçait de s’effondrer, est consolidé grâce à des moyens techniques particulièrement puissants. Plus récemment, l’ensemble de l’édifice a été assaini, les parements et voûtes de la nef – où l’on a retrouvé des badigeons anciens –, du chœur et du transept ont été nettoyés, ainsi que les vitraux des grandes verrières. À l’ouest, le parvis a bénéficié d’un nouvel aménagement. À l’est, les vitraux du 19e siècle des douze baies du chevet ont été déposés pour une restauration longue et délicate, la densité tout à fait exceptionnelle des plombs ayant nécessité près de 5800 heures de travail.

Péripéties du chœur

Une autre opération d’envergure est sur le point de s’achever : elle concerne le réaménagement du chœur dont l’histoire est tout aussi complexe que celle du reste de l’édifice, comme l’a montré l’étude préalable établie par Bernard Voinchet. En effet, contrairement au chevet gothique dont la disposition d’ensemble s’observe toujours, l’économie générale du chœur a beaucoup varié au fil des siècles. Séparé en deux parties aux 16e et 17e siècles, il s’étendait bien au-delà des limites du chevet. Dans les deux premières travées de la nef se trouvait un vaste chœur fermé, réservé aux chanoines, où étaient disposées des stalles. Après la croisée du transept, dont le passage était libre, se trouvait un "petit chœur" situé dans l’abside. Il se divisait à son tour en deux parties conjointes : à l’ouest, l’autel majeur, les tombeaux des évêques, les sièges de l’évêque et du célébrant ; à l’est, l’autel du 14e siècle, semble-t-il.

Au 18e siècle, une nouvelle organisation voit le jour. Le sanctuaire est surélevé de cinq marches, le petit chœur et le chœur fermé sont réunis en un seul ensemble allongé, compris entre l’extrémité de l’abside et le début de la nef. Pourvu d’un riche décor, il comprenait notamment quarante stalles réalisées en 1770 sous la conduite de l’ingénieur Bérard et disposées en double rangée dans le chœur. Elles étaient adossées à de hauts lambris en chêne de Hollande, sculptés d’attributs épiscopaux, dans lesquels se trouvaient encastrées les toiles peintes de Brenet, Bardin et Caresmes, toujours en place dans l’édifice. Le siège de l’évêque était positionné dans l’axe.

Boiseries et stalles sont démontées en 1854 et entreposées dans une écurie désaffectée de l’ancien évêché, avant d’être transférées dans une galerie du cloître pour faire place au programme de rénovation du décor et du mobilier, entrepris d’abord par Hyppolyte Durand, puis par Émile Boeswillwald.

Les stalles dispersées

Albert Saint-Vanne, architecte des Monuments historiques, repère les stalles du 18e en 1901. En 1913, vingt-huit de ces panneaux sont classés au titre des Monuments historiques et déposés au Musée de la tradition basque, alors à l’état de projet. Ils sont ensuite transportés au Musée Bonnat et placés dans le grand hall du rez-de-chaussée. Mais à la mort de Léon Bonnat, l’installation d’une chapelle ardente dans le hall conduit à un nouveau déplacement des boiseries. À la demande de Mgr Gieure, le Grand Séminaire, construit par Albert Saint-Vanne (aujourd’hui I.U.T.), les accueille. Le vestibule abrite toujours quelques panneaux des boiseries basses à décor d’attributs épiscopaux et sacerdotaux et à guirlandes de fleurs. D’autres boiseries, hautes et basses, qui ornaient une salle de réception, ont été déposées en 1977 et transférées au Musée basque et de l’histoire de Bayonne : quelques panneaux sont exposés dans la salle consacrée à la cathédrale, le plus grand nombre étant conservé dans les réserves.
Quant aux stalles du 19e siècle, elles ont été démontées et entreposées dans les combles en 1971, au moment où le chœur est repensé dans l’esprit de Vatican II. Elles ont été remployées en 2003 pour clôturer l’actuelle chapelle du Saint-Sacrement (ancienne chapelle Saint-Léon).

Un mobilier liturgique contemporain

Après le traitement des sols par l’architecte en chef des Monuments historiques, s’est posé la question du mobilier liturgique à installer dans le chœur. La commission diocésaine d’art sacré, en concertation avec les services du Patrimoine, a décidé de préserver le mobilier néogothique dessiné par Boeswillwald : l’autel avec son baldaquin et le siège de l’évêque. La création d’un nouveau mobilier a été confiée au sculpteur contemporain Dominique Kaeppelin. Composé à ce jour d’un autel, d’un ambon, d’une cathèdre et des sièges des célébrants, l’ensemble doit être complété prochainement par une Crucifixion ou une Assomption et un éclairage approprié. Les différentes pièces ont été réalisées en bois de hêtre, puis dorées à la feuille d’or blanc et jaune ou lasurées d’une couleur ivoire. L’autel porte un décor figurant la Genèse qui se développe sur la face et les deux côtés, tandis qu’au dos, court une représentation de la traversée de la mer Rouge. Sur l’ambon, placé en avant du chœur, du côté opposé à la cathèdre, quatre oiseaux dans le feuillage du chêne basque symbolisent les Évangélistes. Des feuilles de chêne sont également sculptées sur le dossier du siège central. Enfin, les sièges des célébrants viennent équilibrer la composition.

Dans un avis émis au tout début de ce projet d’aménagement du chœur liturgique, Catherine de Maupeou, inspecteur général des Monuments historiques, soulignait combien le cas de la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne était représentatif de préoccupations communes au Clergé, aux paroissiens, et aux services du Patrimoine. Elle rappelait ainsi que "l’évolution de la liturgie est une constante depuis les origines de l’Église qu’au cours des siècles bien des artistes ont enrichie de leurs nouvelles créations souvent appelées à cohabiter ; loin d’y voir une dualité incontournable, il nous appartient collégialement de trouver des solutions répondant aux exigences cultuelles comme au respect et à l’embellissement des lieux sacrés".
La restauration complète du cloître a commencé par la galerie ouest et se poursuit actuellement. L’histoire de la cathédrale et de ses travaux est loin d’être terminée.

Galerie :

Notre-Dame de Bayonne sous un jour nouveau
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