Mille et un motifs pour Saint-Avit-Sénieur
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Saint-Avit Sénieur

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Saint-Avit-SénieurSaint-Avit-Sénieur, B40, 24440
France
44° 45' 15.4584" N, 0° 46' 20.2692" E

par Philippe Oudin | Article publié en septembre 2004, dans le hors-série de la revue Le Festin : "L’Aquitaine monumentale"

L’abbaye de Saint-Avit-Sénieur connut dès le Moyen Âge une longue suite de travaux. L’intervention contemporaine a donné à l’édifice une solidité nouvelle, tout en restituant le très important décor peint.

Les pierres à l’épreuve du feu

Dès la fin du 11e siècle, une bulle pontificale datée de 1096 mentionne l’existence d’une abbaye fonctionnant autour du tombeau d’Avit, le saint local. Un petit groupe de moines vit canoniquement autour d’une église primitive. Les traces de cette première église sont lisibles dans les parties basses par les pierres de taille moyenne, tandis que les parties hautes présentent un petit appareillage, ce qui semble indiquer qu’il y ait eu deux étapes dans l’édification de Saint-Avit au 12e siècle. Il s’agissait probablement d’une grande église à fil de coupoles, comme la région en comptait couramment à cette époque. C’est du moins ce que révèle la structure des arcs formerets et doubleaux qui peuvent engendrer les pendentifs des coupoles aux angles des travées. Mais un grave incendie, vraisemblablement provoqué par les Albigeois au 16e siècle, ravagea l’édifice, mettant un terme à ce projet.
Après un temps de quasi abandon, l’église retrouva un couvrement gothique au 16e siècle et c’est antérieurement au 15e que furent construites les voûtes bombées à croisées d’ogives – toujours en place actuellement –, dont tous les parements brûlés furent consolidés, enduits et couverts d’un décor peint.
Celui-ci est principalement constitué d’un treillis fantaisiste mais régulier, composé de médaillons au centre desquels s’inscrit une fleurette stylisée. Les éléments architectoniques sont soulignés par des bandes et des frises, géométriques ou animées, dans des tons de rouge, ocre et jaune.
En 1577, les huguenots saccagèrent et incendièrent l’abbaye, endommageant les parties extérieures des maçonneries et provoquant l’effondrement partiel des clochers et la destruction du chœur primitif dont il ne reste aujourd’hui aucun vestige. L’église mit sans doute plusieurs années à se relever de ce drame et vit le 17e siècle recouvrir toutes les peintures médiévales d’un badigeon blanc.

Les restaurations modernes
Le début du 19e siècle s’illustre ensuite par la création d’un mobilier – chaire, retables et autel en bois sculpté, peint et doré –, commandité par le curé Roussille (1823-1861). Ce n’est qu’à partir de 1883 que débutent véritablement les restaurations modernes, avec l’intervention de l’architecte Rapine. Les désordres, connus depuis longtemps, causés par les infiltrations d’eau dans les couvertures – vraisemblablement très abîmées –, affaiblissaient les structures de pierres, déjà très affectées par les incendies. Rapine refit entièrement charpente et couverture, non sans avoir préalablement consolidé et surélevé les maçonneries hautes, en restituant des mirandes, incertaines, sur les murs gouttereaux et la façade principale.
L’édifice présentait, dès le début du 20e siècle, des décollements d’enduits peints au niveau des arcs et des voûtes. En 1970, de nouveaux désordres imposaient la fermeture au public et au culte. Après la chute de pierres, l’architecte en chef des Monuments historiques, Yves-Marie Froidevaux, établit un projet de consolidation des voûtes et procéda à l’étaiement des arcs des deuxième et troisième travées. Entre 1972 et 1992, ses successeurs entreprirent à leur tour des travaux de restauration et de consolidation de façon traditionnelle sur les voûtes et arcs doubleaux de la travée orientale.
En 1997, après plusieurs analyses qui se révélèrent inadaptées, une méthodologie nouvelle fut enfin adoptée. Une première phase, réalisée en 1998 sur la travée orientale et le chœur, s’avéra concluante, tant sur le plan technique que sur le respect des coûts engagés, et la restauration se poursuivit sur les travées suivantes, de mai 1999 à mars 2001.

Les travaux récents : maçonneries et peintures

Les procédés de restauration ont été adaptés selon l’état des maçonneries. Les graves dommages causés par le feu ne permettaient pas à certaines pierres, brûlées et très fracturées, d’assurer leur rôle mécanique. Pour les maçonneries extérieures, certaines assises, dont seul le parement était brûlé, ont simplement été reprises ; d’autres, fracturées par compression, ont été entièrement remplacées par des pierres de caractéristique équivalente. Mais la volonté a été de conserver au maximum les pierres brûlées et de les restaurer traditionnellement.
À l’intérieur, il fallait assurer dans un premier temps la stabilité des voûtes par une confortation générale des structures des arcs, piles et murs, afin de pouvoir les restaurer. Après purge des pierres brûlées, on opéra des macro-ragréages ponctuels en mortier de béton, pour les zones qui le nécessitaient. Les pierres brûlées et très altérées des murs ont bénéficié, quant à elles, d’une réfection de leurs assises en béton banché. L’ensemble a été complété de coulis de mortier liquide dans les maçonneries internes. Les structures basses et porteuses ainsi consolidées, l’intervention s’est ensuite portée sur les voûtes.
La restauration des maçonneries intérieures en élévation s’est achevée avec la mise en valeur de peintures murales gothiques du 16e siècle. Les enduits blancs qui les recouvraient depuis le 17e siècle ont été minutieusement déposés au scalpel. Certaines parties des décors ont été restaurées, tandis que d’autres ont du être redessinées en raison de l’absence de traces visibles. Sur ces zones, dans un souci de cohérence mais aussi de lisibilité et de doctrine, le motif de treillage a été repris, mais sans les fleurettes centrales.

Visions d’Orient et création contemporaine

À l’occasion des travaux menés sur l’arc formeret sud de la travée centrale, d’autres peintures murales, également du 16e siècle, ont pu être dégagées. Elles représentent des tentures ornées de dessins géométriques ou de médaillons circulaires dans lesquels s’inscrivent des lions ou des végétaux. Ce motif est repris des tissus sassanides, une dynastie Perse du 3e au 7e siècle ap. J.-C. Relayés par l’art Byzantin, ces textiles précieux étaient très à la mode durant tout le Moyen Âge, leur grande valeur leur conférant une symbolique de puissance et une utilisation luxueuse. L’alliance des cercles répétitifs et des animaux fantastiques, images surnaturelles de l’Orient, en faisaient des éléments de décoration murale très prisés, car il était d’usage de couvrir les murs de tapisseries. Ils furent aussi utilisés pour entourer les reliques de saints dont le commerce était fort développé à cette époque.
Leur reproduction à travers la technique de la peinture murale n’est donc pas étonnante, mais la présence de leur caractère décoratif et civil dans un édifice religieux reste rare en France. Une demi-douzaine d’exemples seulement nous est parvenue, dont le logis du doyen du chapitre de la cathédrale du Puy-en-Velay (bâtiment des Clergerons) où l’on retrouve le même motif reproduit sur les quatre murs d’une pièce.
Religieuse cette fois, la représentation d’un saint Christophe, qui a pu être peint au début du 13e siècle, est apparue sur la pile sud séparant la travée occidentale de la travée centrale. Par ailleurs, un concours a permis à l’atelier Parot de créer des verrières contemporaines d’une grande simplicité, dont les plombs se détachent graphiquement des entrelacs peints, et qui vient enrichir la mise en lumière naturelle de Saint-Avit.
La touche finale des opérations trouve sa place avec la restauration du mobilier. Les deux retables, replacés devant les piles d’entrée du chœur après restauration, forment avec le maître autel un ensemble homogène. Celui-ci est complété par la création d’un autel contemporain en bois doré, œuvre de Dominique Kaeppelin, contribuant à son tour à l’harmonie générale du sanctuaire.
Aujourd’hui rendue totalement au public et aux fidèles, Saint-Avit a retrouvé, après de longues années, toute sa beauté dans la force et la sérénité de sa volumétrie dégagée.

Galerie :

Saint-Avit, la nef et le chœur avec son maître-autel (cl. Bernard Dupuy)
Saint-Avit, décor de draperies peintes d'inspiration orientale et représentation d'un saint Christophe (cl. Bernard Dupuy)
Tours de façades et cloître de Saint-Avit (cl. Bernard Dupuy)

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