Par Xavier Rosan | Article publié en mars 2007, dans Le Festin n°61.
Entre « pédopornographie » et création il y a un gouffre. L’amalgame est inquiétant qui confond délinquants sexuels et artistes ou critiques. Loin de toute apologie déviante, l’exposition Présumés innocents offrait une image et une réflexion décapante de la manière dont les sociétés occidentales utilisent l’enfant et le rôle, parfois ambigu, que celui-ci y tient. Il s’agit bien de considérer sans fard le monde tel qu’il devient, plutôt que de dresser de chimériques barrières entre le bien et le mal, supposés tel. Refuser de mesurer la complexité des choses est toujours une erreur si l’on souhaite le progrès. Interdire cette démarche de la pensée relève au contraire de la censure. Or celle-ci est en marche : récemment, il s’en est fallu de peu pour que l’on interdise, en Suisse, la projection du film de Pier Paolo Pasolini, Salo ou les 120 journées de Sodome (1975) : « La police invoquait un article du code pénal contre la pornographie violente, relate Le Monde du 16 février dernier. Devant le tollé provoqué par cette censure, elle a reconnu que la mesure ne s’appliquait pas aux œuvres culturelles. » Quand tous les repères lâchent et que la peur grandit, la tolérance et la liberté d’expression sont traditionnellement menacées, alors qu’elles demeurent pourtant les plus sûrs remparts contre la barbarie.