
Vincent Poussard
Cuisinier de la République
De l'Élysée aux fourneaux du Sud-Ouest
Joël Raffier - 304 pages - 22 €

Où ?
par Philippe Araguas | Article publié en novembre 2006, dans le hors-série de la revue Le Festin :
"Bordeaux en 101 monuments"
Le charme de Saint-André est celui d’une vieille dame qui a traversé les ans en gardant de chaque étape de sa longue existence quelque trait spécifique. Cette élégante bigarrure lui confère une suffocante personnalité qui relègue au rang des curiosités esthétiques toutes les consœurs gothiques trop et exclusivement marquées par leur période d’éphémère modernité.
Le temps de la cathédrale
Isolée depuis les années 1880 au centre d’une vaste place, l’église épiscopale de Bordeaux avait trouvé sa place, depuis le 5e siècle au moins, dans l’angle sud-ouest de l’enceinte du Bas-Empire. La découverte, en 2003 d’un vaste édifice à abside orientée, à une trentaine de mètres du transept nord de l’église gothique, donne corps à l’hypothèse vraisemblable d’un groupe épiscopal qui aurait associé plusieurs sanctuaires dès le haut Moyen Âge. C’est vraisemblablement au 10e ou 11e siècle que l’hégémonie de l’actuelle église sur les autres églises du groupe cathédral s’affirma par la construction d’un vaste édifice dont la seule trace visible actuellement est constituée par le parement extérieur du mur occidental d’une vaste nef de 17 m de large dans œuvre.
La consécration opérée par Urbain II dans sa tournée de prédication en faveur de la première croisade en 1096 ne signifie pas que l’église avait été alors reconstruite, mais il est certain, en revanche, que l’édifice connut une phase de transformation radicale dans le second quart du 12e siècle. Trois travées carrées et une travée barlongue au revers de la façade ouest furent alors établies. La sculpture dépouillée des chapiteaux correspondant à cette campagne inscrit cette reconstruction dans le courant esthétique lié aux mouvements réformateurs de l’Église dans les années 1020-1030. On ignore quel était le parti de couvrement prévu (coupoles ? croisées d’ogives ?) ni s’il fut un jour réalisé.
Un autre témoignage de l’activité du chantier cathédral de ce deuxième tiers du 12e siècle est constitué par la souche d’une importante tour porche, mise à jour en 2003. Vers 1250, ce n’était plus ce porche cantonné désormais à une vocation funéraire mais le "portail royal" percé dans le flanc sud de la deuxième travée de nef qui constituait l’entrée la plus magnifique de l’église. Vers la même période, on entreprit de remanier le couvrement de la nef en dressant des travées barlongues couvertes de voûtes d’ogives quadripartites. Cet avant-goût d’architecture gothique précéda de peu un projet plus ambitieux de reconstruction du chevet qui débuta dans les années 1280 par les chapelles du déambulatoire. La reconstruction, facilitée par le mécénat du pape Clément V, fit disparaître tout vestige du chœur roman ; elle fut conduite jusqu’au transept pourvu, dans les années 1320-1330, de très belles façades ornées d’un grand décor gothique. C’est dans cette troisième décennie du 14e siècle, que l’on décida d’interrompre la reconstruction et de lier tant bien que mal le chœur nouvellement construit à l’ancienne nef. En 1389, le chœur des chanoines était achevé, les investissements se portant alors sur l’aménagement intérieur.
La tour Pey-Berland
Les derniers siècles du Moyen Âge sont marqués par différentes interventions sur cette partie de l’édifice dont la stabilité fut assurée par la mise en place de contreforts implantés de manière pragmatique au gré des besoins et par la construction et reconstruction des voûtes dont les dernières furent mises en place en 1515-1520. La fragilité évidente des structures de l’édifice n’est sans doute pas étrangère à la décision d’implanter à une vingtaine de mètres au sud-est du chevet une tour-clocher monumentale, le projet fut entrepris sous l’épiscopat de Pey Berland en 1440. Avec la construction de l’arc boutant le plus oriental du flanc nord dans les années 1530-1535 (dit "contrefort de Gramont"), le vocabulaire décoratif de la Renaissance faisait son apparition, précédent de peu la clôture du chœur des chanoines par la construction d’un jubé.
Les sacristies neuves d’Abadie
L’âge moderne a laissé peu de trace dans l’architecture de la cathédrale Saint-André que la Révolution maltraita sans l’abattre. Dès 1803, l’architecte Louis Combes entreprenait la restauration de la nef ; Pierre Alexandre Poitevin construisit en 1826, à l’angle de la nef et du transept nord, une sacristie d’un néogothique archéologique impeccable. Le travail des restaurateurs successifs fut conduit avec doigté jusque dans les années 1870 ; les premières années de la Troisième République virent la destruction du cloître dont les arcades gothiques furent démantelées ; Paul Abadie substitua à sa galerie nord les "sacristies neuves" qui constituent la dernière intervention architecturale notable sur l’édifice.
Ayant perdu, lors des troubles révolutionnaires, la quasi-totalité de son mobilier, l’église a été remeublée de magnifiques dépouilles provenant d’autres édifices : la chaire de marbre et d’acajou de Barthélémy Cabirol (1732-1786) provient de Saint-Rémi, elle fait face à une grande Crucifixion de Jacob Jordaens (1593-1678) et à une Résurrection d’Alessandro Turchi, dit "l’Orbetto" (1578-1646). Le buffet d’orgue et les stalles proviennent de Saint-Pierre de La Réole, ainsi que les admirables grilles du chœur, forgées par Blaise Charlut en 1779.
Partagez cette page
































