La basilique Saint-Seurin de Bordeaux
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Saint-Seurin de Bordeaux

Où ?

Église Saint-Seurin
Place des Martyrs de la Résistance
Bordeaux, B33, 33000
France
44° 50' 32.892" N, 0° 35' 4.9776" W

par Philippe Araguas | Article publié en novembre 2006, dans le hors-série de la revue Le Festin :
"Bordeaux en 101 monuments"

À l’instar de Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Seurin de Bordeaux est le cœur d’un quartier qui masque mal un atavique souci de se distinguer de la ville à laquelle elle appartient à son corps défendant. De nos jours encore, habiter en vue de la tour de la vieille église, magnifiée par la percée de la rue Georges-Mandel qui la rend visible des boulevards, confère une notabilité quasi chanoinesque… L’église (d’ores et déjà inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle) se prévaut en effet d’être le plus ancien sanctuaire chrétien de Bordeaux et, si la gloire d’avoir été première cathédrale lui est maintenant refusée par la plupart des historiens, il n’en reste pas moins que les vestiges visibles sous l’église actuelle et dans la crypte archéologique qui la jouxte au sud constituent les témoins incontestables de la précoce dévotion bordelaise au culte du nazaréen.
 


La nécropole antique

Se projetant à l’aube du 5e siècle, on peut imaginer une vaste nécropole dans laquelle voisinent de somptueux mausolées, habillés de marbres et décorés de fresques, avec des caveaux pour amphores décalottées où dorment de leur dernier sommeil des jeunes enfants et des banquettes d’enclos funéraires porteuses de sarcophages de marbre, timbrés d’un chrisme. C’est cette image que ne parvient pas à évoquer la sinistre crypte archéologique ouverte parcimonieusement au public dans le square b.c.b.g qui a succédé au vieux cimetière. On compensera cette pauvreté muséographique en admirant au musée d’Aquitaine les magnifiques maquettes qui évoquent les "Alyscamps bordelais". Car, comme la nécropole arlésienne, celle de Saint-Seurin a été dignifiée par le dépôt des corps preux tombés avec Roland aux champs d’honneur des épopées carolingiennes.
C’est au cœur de l’église même, dans la crypte "historique", qu’est sensé reposer Seurin, quatrième évêque de la ville, venu de Trèves ou d’Orient au début du 5e siècle. Dans ce sanctuaire souterrain – auquel une archéologie non encore ankylosée par une scientificité cauteleuse a su donner une puissance d’évocation formidable de ce que le christianisme doit à la fascination de la mort – sont visibles sarcophages des âges mérovingiens ou wisigothiques, cénotaphe antiquisant, gisants de chanoines coiffés de leur aumusse, plaques de chancel, et fragments de sculptures de provenance incertaine.
D’autres morceaux de sculpture de belle venue sont les chapiteaux du porche, récemment restauré dans sa volumétrie originelle, parmi eux, celui du sacrifice d’Abraham est sans doute la plus ancienne sculpture figurée romane de Bordeaux. Elle suggère une datation haute pour le clocher-porche qui devait, à la fin du 11e siècle, narguer les chanoines de la cathédrale Saint-André médiocrement installés en contrebas du Mont Judaïque, dans les miasmes du Peugue.

Puissance des chanoines

Franchi ce vestibule étroit, on pénètre dans une nef sombre, encombrée de grosses piles supportant des voûtes d’ogives sans élégance. Il faut oublier la maladresse de cet espace pour admirer le chœur profond qui dit assez que l’église est celle des puissants chanoines du chapitre, bien plus que des paroissiens qui ne sont là que pour témoigner de leur gloire.
La chapelle Notre-Dame de la Rose, qui flanque le chœur au nord, est un chef-d’œuvre méconnu du gothique tardif ; la qualité et la richesse de son décor sculpté est à l’aune de celui de certains éléments du mobilier miraculeusement préservé. Les plaques d’albâtre de l’ancien retable, peu valorisées par la crédence néo-gothique dans laquelle elle sont enchâssées, illustrent la légende dorée de saint Seurin et de saint Martial, évangélisateur de la province.
C’est cependant la chaire épiscopale de pierre, actuellement placée au nord à l’entrée du chœur, qui constitue l’élément le plus curieux et splendide du mobilier de l’église. Elle est le visible témoignage de la place éminente de l’église dans le diocèse et rappelle, par la tiare en clef pendante qui l’orne, que c’est par une station dans le chœur de Saint-Seurin que l’évêque de Bordeaux prenait possessions de sa charge pastorale, avant même de se rendre dans sa cathédrale.

Saint-Front versus Saint-Seurin

La gloire de Saint-Seurin est également évoquée au portail ouest, dans le bas relief de Maggesi qui orne la façade dessinée en 1826 par Poitevin. Le côté éminemment "romain antique" de ce précieux écran n’est pas une simple manifestation du goût néo-classique, mais s’inscrit pleinement dans les revendications de l’ "antiquité" de l’église. Au sud, l’édifice présente une façade animée d’éléments d’architecture marqués, pour chacun d’entre eux, par une certaine élégance décorative : arcature gothique aveugle à l’ouest, porche Renaissance à pans coupés, souche de la tour des cloches, mur sud de la chapelle Sainte-Catherine, aujourd’hui sacristie.
Le porche Renaissance abrite un portail du 13e siècle qui, par la distribution de son décor sculpté : Jugement dernier au centre, Saintes Femmes au Tombeau à droite et épisode hagiographique à gauche témoignent du souci des chanoines de Saint-Seurin de maintenir leur édifice au niveau des plus grandes églises du temps. Il est significatif cependant que le culte de saint Seurin et des premiers évêques de la ville, si important pour étayer les revendications du chapitre, ne satisfaisait pas pleinement la dévotion populaire : il fallut pour répondre aux préoccupations moins politiques des fidèles inventer de toute pièce un saint Thaumaturge, saint Fort qui, dès la fin du Moyen Âge, avait éclipsé Seurin dans la dévotion populaire.

Galerie :

La basilique Saint-Seurin de Bordeaux
La basilique Saint-Seurin de Bordeaux

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