L’Abbaye de la Sauve-Majeure
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La Sauve-Majeure

Où ?

Abbaye de La Sauve Majeure
Rue de l'Abbaye
La Sauve, B33, 33670
France
44° 46' 3.3636" N, 0° 18' 45.9576" W

par Philippe Araguas | Article publié en novembre 2009, dans le hors-série de la revue Le Festin : "La Gironde en 101 monuments"

De tous les monuments romans de la Gironde, l’abbaye de la Sauve-Majeure est sans aucun doute le plus fameux. Sa réputation repose sur un ensemble exceptionnel de chapiteaux sculptés, pour la plupart fort bien conservés sur un état de ruine consolidée qui flatte la fibre ruskinienne des contempteurs des restaurations "à la cardinal Donnet". C’est cependant au principal pourvoyeur de clochers pointus et d’églises néo-gothiques de la Gironde que l’on doit le sauvetage in extremis de l’abbaye lovée dans les replis des collines de l’Entre-deux-Mers.

 


De la Grande Forêt au paysage civilisé

La Sauve-Majeure, c’est la Silva Major, la "Grande Forêt" de l'Entre-deux-Mers. Ces toponymes, que Stevenson n'aurait pas désavoués pour L'Île aux trésors, ne peuvent que paraître incongrus à celui qui découvre fortuitement le charme d'un paysage merveilleusement modelé par une civilisation millénaire. À l'époque romaine cependant, la Silva Major couvrait la majeure partie des coteaux, rendant infranchissables les vallons qui ne pouvaient que servir de refuge à quelques desperados ou marginaux écartés des bienfaits de la pax romana. Sans doute quelques latifundiaires avides tentèrent-ils d'implanter de pauvres fermes où végétèrent des familles de serfs misérables. Mais la nonchalance aquitaine s'accommodait en définitive fort bien de l'existence de ces terroirs vierges, propices au développement du boletus edulis, mieux connu sous le nom de cèpe de Bordeaux.

L'esprit d'entreprise vint, selon une constante historique qui revêt en Bordelais force de loi, de l'étranger, c'est-à-dire du Nord. Il cohabitait dans l'esprit de Gérard, natif de Corbie (Somme) avec une religiosité combative qui lui valut, un siècle après sa mort, une béatification qui constitua sa posthume mais décisive participation à la renommée de l'abbaye. Saint Gérard est en effet à l'origine de la mutation paysagère qui transforma la Grande Forêt en un paysage ratissé, civilisé, quadrillé par un inextricable réseau viaire.

Excellence de la sculpture romane

Quoiqu’en laisse penser la lecture du Guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle d’Aymeri Picaud, qui ne mentionne jamais La Sauve, c’est parmi ces chemins que passe le mythique "chemin de Saint-Jacques". Nul doute que la fonction d'étape que joua l’abbaye sur cette voie de pèlerinage fut à l'origine de profits de tous ordres. Forts des revenus agricoles et touristiques de leur établissement, les moines entreprirent au début du 12e siècle la reconstruction de la modeste église de Saint-Gérard.

Une nouvelle façade à décor d'arcatures, connue grâce à une gravure ancienne, avait été implantée à l'ouest, tandis qu'un chevet bénédictin était entrepris à l'est. La jonction des deux parties s'opéra dans la zone du transept dans le courant du 12e siècle. L'admirable série de sculptures qui décorent les corbeilles des chapiteaux du chœur assoit largement la renommée de La Sauve auprès des amateurs de sculpture romane. Les connaisseurs sauront identifier dans une production foisonnante le ciseau du "Maître de la Sauve-Majeure", auteur, entre autres, du chapiteau de Samson de l’absidiole sud et de la plupart de ceux du chevet. Le chapiteau de l’histoire de Jean-Baptiste, dans la première travée du collatéral sud, moins heureux du point de vue de la composition que les chapiteaux du maître, est peut-être l’œuvre d’un disciple qui privilégia l’anecdote savoureuse à la rigueur plastique.

Sur la nef, l’église fut pourvue de voûtes gothiques dont subsistent les arrachements de nervures. Un clocher fut établi sur la troisième travée du collatéral sud. Du cloître, qui développait ses galeries voûtées d’ogives au sud de l’église, ne subsistent plus que quelques clefs de voûtes. Trois sont déposées dans le petit musée de l’abbaye et quatre autres ont été encastrées dans la façade occidentale de la petite église de Haux. À l’angle de la galerie est et du transept, une niche qui voisine avec des enfeus est interprêtée comme une "bibliothèque" destinée à recevoir des manuscrits sensés soutenir la méditation des moines. La salle capitulaire partiellement reconstituée s’ouvrait sur cette galerie. Le réfectoire, vaste salle à deux vaisseaux voûtés d’ogives était éclairé par des baies à deux lancettes et oculus quadrilobés dégagées de la gangue de maçonnerie dans lesquelles elles avaient été englobées au 19e siècle.

L’au-delà de l’abbaye

L'abbaye dominait au 13e siècle un bourg qui n'avait pas encore à subir la concurrence de la bastide de Créon, fondée en 1316. À peine pansées les plaies de la guerre de Cent Ans, le monastère fut mis en taille réglée par des abbés aux noms prestigieux et aux appétits insatiables. Les guerres de Religion durent porter un coup fatal au monastère qui était dans un état d'abandon total lorsqu'en 1660, les religieux de la congrégation de Saint-Maur le restaurèrent. Confisquée comme Bien national, devenue prison, puis carrière de pierres après 1809, l'abbaye fut sauvée de la ruine totale par Mgr Donnet, qui y installa un collège. C’est là que Léo Drouyn enseigna le dessin et élabora un dossier graphique qui donna naissance au magnifique Album de la Grande Sauve.

Puis, la iiie République souhaitant voir les "hussards noirs" succéder aux frères, l'abbaye devint école normale. Pour les futurs maîtres d'école, on construisit un austère bâtiment aux lignes classiques ravagé par un violent incendie en 1910. Il en subsiste le vestibule actuel. Acquis par le département, classé Monument historique en 1928, restauré aprés 1948, le monument est depuis lors l'objet d'une restauration et d'une remise en valeur progressive.

Galerie :

L’Abbaye de la Sauve-Majeure
L’Abbaye de la Sauve-Majeure

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