
Vincent Poussard
Cuisinier de la République
De l'Élysée aux fourneaux du Sud-Ouest
Joël Raffier - 304 pages - 22 €

Où ?
par Delphine Costedoat | Article publié en novembre 2006, dans le hors-série de la revue Le Festin : "Bordeaux en 101 monuments"
L’église Saint-Michel a été édifiée pour l’essentiel aux 14e et 15e siècles, bien que la plupart des chapelles soient postérieures (du 16e au 19e siècles).
Conçu selon un plan irrégulier, l’édifice présente un chevet composé de trois absides à cinq pans, précédé d’un chœur à trois travées, d’un transept, d’une nef de quatre travées flanquées de bas-côtés. À chaque travée correspond une chapelle. L’ensemble est couvert de voûtes à liernes, avec clef centrale. La large et haute façade occidentale présente, au-dessus du tympan de la porte centrale, deux bas-reliefs figurant l’Adoration des bergers et l’Adoration des mages. Exécutés en 1553, ils sont marqués par l’influence de la Renaissance italienne.
La façade nord se développe sur une longueur de 80 m. De part et d’autre du portail flamboyant, s’élèvent deux élégantes tourelles octogonales étagées, ornées de fines arcatures et de colonnettes, surmontées de clochetons à arêtes sculptées. Le tympan figure le Sacrifice d’Abraham. Le second étage est occupé par une rose encadrée de voussures profondes richement décorées. Un fronton avec rampants et crochets termine la composition. L’ornementation du portail sud est beaucoup plus simple. Le tympan, sculpté au 18e siècle, représente l’Apparition de saint Michel au mont Gargan.
Stupeur et tremblements
Cet édifice de transition, où le gothique flamboyant cède parfois doucement la main aux affleurements légers de la Renaissance, connut bien des vicissitudes au cours du temps. Au début du 18e siècle, un tremblement de terre renversa la voûte de l’abside. Elle fut relevée, mais deux des piliers seulement furent reconstruits : en 1789, le conseil de fabrique signalait les désordres importants qui se manifestaient dans les maçonneries. Le mal ne fit qu’empirer et, au milieu du 19e siècle, l’ensemble du chœur, ceinturé d’étais, menaçait de s’écrouler, semant la terreur parmi les fidèles. L’architecte de la Ville, Charles Burguet, qui avait déjà aménagé, dans l’ancienne crypte, les sacristies souterraines de l’église – on peut en voir les fenêtres en accolade sur le flanc nord –, procéda à partir de 1859 à la reconstruction complète du chœur de Saint-Michel. Poussant plus loin le diagnostic, il découvrit de nombreux autres sujets d’inquiétude dans la nef et les bas-côtés. C’est ainsi que l’église du Moyen Âge doit sa survie à la pratique de la greffe et se révèle, à l’analyse, plus 19e que médiévale dans la réalité de sa substance vitale.
Une flèche au ciel
De même, c’est au 19e siècle et à l’architecte Paul Abadie que l’on doit la superbe flèche Saint-Michel. Élevée à la fin du 15e siècle par les architectes Jean Lebas père et fils, celle-ci connut également les courroux du ciel : ouragans et foudre en avaient eu raison, ne lui laissant que sa souche, lorsque le cardinal Donnet, en 1853, réussit à mobiliser les énergies pour lui redonner une seconde vie. Doublant les six faces fragiles de la tour d’un mur épais incrusté dans les maçonneries anciennes, mais percé de larges baies, Abadie prolongea également les six contreforts, sommés par les figures de six prélats ayant à divers titres marqué l’histoire de Saint-Michel ou de Bordeaux. Les statues, exécutées à partir de 1866, sont l’œuvre de sculpteurs bordelais (Mora et Coëffard).
Au sommet de la tour, Abadie a rapproché les six pinacles du corps de l’aiguille, les plaçant en retrait par rapport aux contreforts qu’ils amortissent. La flèche semble ainsi s’élancer d’une gangue de pierre dont les festons et les jours, les pyramidions et les clochetons se font de plus en plus présents et ouvragés au fil de l’élévation. Culminant à 114 m, cette aiguille féerique, qui fit au 19e siècle la fierté de la population, marque de sa silhouette lumineuse le skyline bordelais.
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