Aux portes de la passion, Notre-Dame de Mimizan
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Église Notre-Dame de Mimizan

Où ?

Notre-Dame de MimizanMimizan, B40, 40200
France
44° 12' 9.4572" N, 1° 13' 44.6952" W

par Roland Eymer | Article publié en septembre 2004, dans le hors-série de la revue Le Festin : "L’Aquitaine monumentale"

Œuvre majeure parmi les portails historiés d’Aquitaine, le porche du prieuré Notre-Dame de Mimizan conjugue, dans un remarquable programme iconographique, un vocabulaire décoratif gothique aux références françaises et un style emprunté à l’ornementation du nord de l’Espagne.


Aux 14e et 15e siècles, le prieuré Notre-Dame de Mimizan "in assumptione beatae Mariae" faisait l’objet d’un pèlerinage très actif, comme en témoigne une lettre de Pey Berland, archevêque de Bordeaux, datée de 1452 : des luminaires y brûlaient en permanence, de jour comme de nuit, et les grandes familles gasconnes, Albret et Foix, s’y rendaient fréquemment dans l’espoir d’y obtenir des guérisons ou d’assurer la fertilité des couples. Le souvenir de cette ferveur s’est peu à peu perdu à partir du 19e siècle. L’édifice a cependant conservé son remarquable portail orné dont les plus anciens vestiges remontent au 12e siècle.

Une Passion richement historiée

Au cœur de cet ensemble orné, figure la statuaire du tympan consacré à la Nativité, entouré de voussures qu’illustrent les travaux des mois et les prophètes. À ce premier décor s’ajoute une représentation du collège apostolique, de part et d’autre du Christ de l’Apocalypse, conception que l’on retrouve dans les églises de Navarre et à Compostelle ; les sculptures représentant les apôtres ont par ailleurs conservé leurs dorures et peintures, ayant échappé au "nettoyage" des décors médiévaux intervenus aux siècles suivants. Elles sont surmontées d’une grande fresque relatant le calvaire du Christ dont le registre inférieur est composé de quatre panneaux : le premier décrit Jésus arrêté devant les murs de Jérusalem et embrassé par Judas, sous la garde d’un homme d’arme (au-dessus de cette scène on aperçoit le mont des Oliviers sur lequel rayonne un calice et un couple).
La seconde scène montre Jésus au prétoire devant un Ponce Pilate interrogatif, au côté duquel se tient un héraut d’armes au bonnet caractéristique. Puis, sur le troisième tableau, Jésus est flagellé par des bourreaux, reconnaissables à leurs chausses bigarrées, dans une pièce voûtée, au sol de carreaux losangés. Enfin, le quatrième panneau représente Jésus portant la Croix, gravissant les pentes du Calvaire et entouré d’une foule joyeuse.
Le registre supérieur évoque le Trône de Grâce, figuration de la Sainte Trinité dans laquelle le Père éternel, barbu et couronné, est assis sur un trône, portant dans ses bras Jésus en croix ; la colombe du saint Esprit sort de sa bouche pour reposer sur la tête inclinée du Christ. Autour de cette représentation symbolique sont disposés deux cercles d’anges dont certains, plaçés dans les écoinçons, portent les instruments de la Passion.
Cette œuvre pieuse composée autour de la Passion du Christ est à rapprocher du courant de spiritualité propre aux 14e et 15e siècles – datation suggérée aussi par les styles vestimentaires représentés –, la devotio moderna, exprimée notamment dans le recueil L’Imitation de Jésus Christ attribué à saint Thomas A. Kempis (1379-1471). L’harmonie iconographique des peintures démontre que l’artiste a su prendre en compte, du point de vue du style et de la symbolique, l’ensemble sculpté antérieur aux fresques, pour un résultat qui synthétise les croyances fondamentales du christianisme.
De manière générale, le thème développé dans ce décor est celui de la Justice car le porche de Mimizan était le lieu de justice de la communauté. Ces représentations reconstituent également la vie aristocratique du 15e siècle : les scènes de la vie du Christ font clairement allusion à un combat chevaleresque avec lices, juges, hérauts et trompettes. Dans la scène de l’arrestation, deux personnages situés sur la gauche seraient vraisemblablement saint Guillaume d’Aquitaine, patron des prisonniers, et sa sœur, morte en Navarre, ou bien encore sa fille Aliénor, cités par Montaigne dans ses Essais (Livre I, chapitre XL) : "Guillaume nostre dernier Duc de Guyenne, père de cette Aliénor, qui transmit ce Duché aux maisons de France et d'Angleterre, porta les dix ou douze derniers ans de sa vie, continuellement un corps de cuirasse, sous un habit de religieux, par pénitence." Ainsi, cette représentation quasi unique dans la région du saint – également vénéré en Italie, lieu de son exil, et en Alsace – suggère une nouvelle référence à la culture aristocratique.
La datation et l’attribution sont en revanche plus ardues à reconnaître, l’édifice ayant beaucoup souffert de la guerre de Cent Ans, puis des guerres de Religion. Il n’existe dans l’ensemble du décor aucun emprunt aux évocations antiques propres à la Renaissance italienne. L’œuvre semble donc être antérieure au début du 16° siècle, et pourrait dater vraisemblablement de 1460-1480. Elle trouve ses correspondances notamment dans les réalisations des peintres "Maître de Charles de France", qui travailla au service du duc Charles – frère de Louis XI, dernier duc de Guyenne –, et Antoine de Lonhy, rattaché à la maison de Savoie, dont la présence est attestée à Toulouse et à Barcelone durant cette période. L’absence de renvoi à l’art italien nous empêche de citer Jean Fouquet.
Les commanditaires éventuels seraient les archevêques de Bordeaux ou bien les puissantes familles nobles de Gascogne (Foix, Grammont, Albret), contribuant ainsi à cet âge d’or des fresques dans les églises gasconnes (Ousse-Suzan, Arthez-d’Armagnac, Saint-Léger-de-Balson) durant les 14e-15e siècles.

Le dessalement des sculptures

La conservation des sculptures et peintures du prieuré posait de nombreuses difficultés. Dès les années 1950, il apparut en effet aux observateurs que les statues perdaient de leur matière. Après quelques essais malheureux de restauration classique effectués dans les années 1970-1980, des analyses fondamentales mirent en évidence la présence, dans l’ensemble des maçonneries, de sels solubles sodiques réputés pour leur action destructrice. Aussi, un protocole de restauration fut mis en place en 1997 par l’architecte en chef des Monuments historiques, Stéphane Thouin, et le Laboratoire de Recherche des Monuments historiques, afin de consolider les sculptures et simultanément récupérer les sels. La société Groux mit en œuvre une consolidation superficielle par vaporisation de paraloïd, puis recouvrit l’ensemble d’un cataplasme sacrificiel renouvelé deux fois jusqu’en 2000. Dès lors, les opérations de restauration des sculptures et des peintures purent se dérouler normalement.
Toutefois, une surveillance a été maintenue et des conditions de visite assez strictes ont été préconisées car, si l’action des sels a pu être stoppée, ceux-ci demeurent présents dans la profondeur du monument.
Quant à la restauration des fresques – qui étaient en revanche dans un état exceptionnel de conservation –, elle a permis de mettre en évidence des pigments et des techniques rares. Le prieuré de Mimizan est une œuvre restée intacte du 18e siècle à nos jours et donc particulièrement authentique. Sa longévité repose donc désormais sur l’action de nos contemporains.

Galerie :

Aux portes de la passion, Notre-Dame de Mimizan
Aux portes de la passion, Notre-Dame de Mimizan

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